Les Femmes fortes en fantasy

Tiens, puisque j’en étais aux stéréotypes, en voilà un autre qui fleurit en ces temps politiquement corrects : la femme forte. Parle-t-on d’homme fort en fantasy ? Encore, faudrait-il décider chez les héros mâles s’il s’agit de force physique ou morale. Et s’il s’agit de force morale, comment la mesure-t-on et au-delà de quel niveau considère-t-on que c’est élevé ? C’est simple, pour les hommes, la question ne se pose pas. Mais pour les femmes, on peut avoir de grands débats sur les forums pour savoir si telle ou telle héroïne est une femme forte ou pas. Il y a en particulier deux types que j’appelle les « fausses femmes fortes » qui reviennent régulièrement. Ce sont les nouveaux stéréotypes :

- La vierge guerrière: Ce n’est pas un stéréotype nouveau, mais depuis qu’on a dit qu’il fallait des « femmes fortes » leur nombre a augmenté de façon exponentielle. Heureusement, en Occident, leur nombre est maintenant en décroissance, car les valeurs guerrières ne font plus autant recette. La vierge guerrière se bat, fait tout comme un homme, mais comme femme, elle ne s'assume pas. Elle a justement intégré tous les stéréotypes de sa société : elle ne veut pas être une femme "forte", elle veut être un homme. Elle a des relations de rivalité ou d'égalité avec les hommes mais ses relations avec les femmes sont hostiles ou inexistantes. Si elle tombe amoureuse, elle a des réactions de vierge effarouchée. D’ailleurs, une fois qu’elle a un homme, elle a du mal à faire quoi que ce soit de constructif dans l’histoire. Très souvent, ces personnages figurent dans des livres écrits par des hommes. Bref, l'auteur ne s'est pas trop foulé à se mettre dans la peau d'une personne de sexe opposé.

Petite remarque : avez-vous déjà rencontré des femmes comme ça dans la vraie vie ? Moi, si, j’ai même bossé avec. J'ai toujours hésité entre les plaindre et leur flanquer une paire de baffes : elles se débrouillent pour être plus machistes que les mecs !

- La femme aux dons spéciaux : sorcière, guérisseuse, voyante ou dotée d’un pouvoir magique(généralement unique). Si elle n'avait ce "don spécial" justement, ce serait une fille ordinaire, voire la cruche de service qui servirait de copine à l'héroïne. Elle est gentille et très soucieuse de ses devoirs. Bref, une princesse déguisée en sorcière. C’est elle qui s'occupe de la veuve et de l'orphelin depuis que les héros masculins sont partis faire autre chose (les quêtes et les épées magiques, ça fait plus classe, non ?). Ses « dons » sont généralement moins bien décrit que ceux de leur équivalents mâles. Ils sont plus souvent innés que acquis après un dur labeur. L'action de l'histoire ne repose pas sur les choix de cette héroïne, mais soit sur l'initiative de quelqu'un d'autre, soit sur un évènement extérieur. Elle a du mal à faire preuve d'agressivité, même en cas d'attaque physique, ne comprends pas les hommes et, paradoxalement pour une "femme féminine", manque cruellement de psychologie. Du coup, elle ne voit pas venir les pièges tendus par les méchants. Aussi, elle se retrouve régulièrement en victime, ayant besoin d'être secourue soit par un hasard fort opportun, soit par quelqu'un d'autre. Ces romans-là sont généralement écrits par des femmes. Je me suis souvent demandée si leurs auteures exprimaient le fantasme d'un univers idéal ou avaient une expérience vraiment minime du monde tel qu’il est, en particulier au travail. Enfin ces héroïnes ont des relations amoureuses pas trop schizo. Cependant, comme la plupart des héroïnes de fantasy, elles restent strictement monogames: un homme par existence, sauf accident exceptionnel. Elles n'ont pas droit à l'erreur!

Je dois quand même dire qu’au départ, ces personnages étaient un grand progrès par rapport à celles qu’on avait avant. Je crois que la première à avoir décrit un personnage de ce style était Anne McCaffrey, il y a près de 40 ans. Depuis, on n’a pas franchement évolué…