Les Symboles en Fantasy

Le Miroir de Vénus Edward Burne-Jones
Le Miroir de Vénus Edward Burne-Jones

Le conte est un mensonge, mais il contient un sous-entendu, une leçon pour les jeunes gens.

Dicton russe

 

Pour commencer, essayez ce petit questionnaire :

http://www.goodreads.com/quizzes/10974-symbols-in-fantasy-literature

Voilà un sujet difficile, car les symboles, c’est justement très intuitif. Cependant, c’est, à mon avis le problème des auteurs de fantasy français (j’ai l’impression que ceux des autres pays francophones se débrouillent pas mal): ils ont du mal à manipuler les symboles. Je crois que le problème est culturel : on a une culture cartésienne, or il n’y a rien de plus intuitif, irrationnel et ubiquitaire qu’un symbole. Il est d'ailleurs intéressant de noter que les articles en français et en anglais de Wikipedia sont totalement différents. L’article français l’analyse et le dissèque alors que celui en anglais se contente de le définir. Du coup, les auteurs anglo-saxons (et d’autres pays) les manient avec une facilité qu’on n’a pas. Ils le font presque intuitivement.

Cependant, les français en tant que lecteurs, y réagissent parfaitement.

Certes, de nos jours, beaucoup d’auteurs de langue anglaise font le minimum syndical et plantent des symboles comme des éléments de décor ou des clichés, en particulier en bitlit :

http://quiestinliteris.com/2013/02/02/fantasy-is-not-serious-literature/

Les auteurs français, eux, ont trois positions :

1- ils confondent symbole et cliché (voir « archétype, stéréotype, prototype et autres types », un peu plus haut dans ce blog)

2- ils n’en mettent pas, du moins consciemment, ratent des occasions en or et surtout, induisent la confusion chez le lecteur. En effet, le lecteur de fantasy s’attend à voir des symboles dans ce genre de récit. Il risque de s’accrocher à tout ce qui y ressemble et être très déçu, ou perplexe quand il se rend compte que non, ce n’en est pas un. Exemple: au début de l'histoire, vous avez parlé d'une malédiction frappant le héros, mais vous n'avez pas complètement précisé le pourquoi ou le comment. Pour vous, c'est juste un élément du décor et vous n'en parlez plus, mais le lecteur, lui, attend impatiemment un développement! Ou alors, vous avez mentionné plusieurs fois une épée particulière, mais en fait, c’était juste un morceau de métal rouillé.

Attention, c’est différent d’un rebondissement contrôlé par l’auteur : dans l’exemple précédent, le héros découvre que cette épée n’est rien d’autre qu’un morceau de métal rouillé, qu’il était à la poursuite d’une illusion et en tire les conséquences. Là, ça a valeur de symbole.

3- ils en mettent, mais avec des tas d’explications et un gros panneau marqué « symbole » au-dessus. Problème : si vous avez besoin d’expliquer votre symbole, indiquer au lecteur où il se trouve, vous avez raté votre coup. C’est encore pire si vous écrivez dans un style épique ou une fable, ou si vous avez un message à faire passer.

Malheureusement, la plus grande partie de la littérature populaire fonctionne à coups de symboles. Ainsi qu’une partie de la littérature blanche. Attention, symbole ne veut pas dire stupide, même en fantasy (pensez aux articles académiques sur Le Seigneur des anneaux, Le magicien d’Oz, Harry Potter ou Narnia), c’est un moyen très puissant pour transmettre un message (pensez à la pub…).

Evitez aussi de mettre des symboles que votre lecteur ne peut saisir immédiatement et, encore une fois, intuitivement: vous êtes peut-être un fondu de la culture Maya ou byzantine. Vous émaillez votre roman de références et de symboles courants dans ces cultures. Mais votre lecteur, lui, vous croyez qu'il les saisira sans la moindre traduction?

Bref, il est utile d’y penser avant de rédiger son texte et de le faire lire par quelqu’un d’autre, histoire de vérifier que les symboles que vous avez mis sont aussi ceux qui sont perçus par les lecteurs.


Écrire commentaire

Commentaires : 0