Une fin doit-elle être ouverte ou fermée?

Saviez-vous que la Belle au Bois Dormant de Perrault avait une séquelle (et accesoirement Cendrillon, une préquelle, mais ce n’est pas le sujet) ?

Bref, autant en blanche, il est parfaitement acceptable d’avoir une fin ouverte, en litt pop moderne, ça perturbe beaucoup le lecteur. Pourquoi ? Parce que quelque part, il s’attend encore à ce que les choses soient définies (un monde où tout est carré, ça rassure) et finissent bien.

Les fins que j’appelle « semi-ouvertes » ont toujours existé en BD (XIII), dans la littérature enfantine et dans les romans policiers, ou à épisodes. Dans le reste de la littérature populaire, elles sont revenues à la mode dans les années 80. Dans le jargon des auteurs américains, on les appelle les HFN (happy for now, heureux pour l’instant) par opposition aux HEA (happy ever after, heureux pour toujours). L’exemple typique seraient les X-files à la TV ou XIII en BD : les héros sauvent leur peau à la fin de l’épisode, mais n’ont toujours rien compris à ce qui se passe.

Bien souvent une fin fermée, n’est qu’une question de perspective. Pour reprendre l’exemple de la Belle au Bois dormant : oui, la princesse épouse son prince charmant, mais a-t-elle déjà vu sa belle-mère ? Si vous ne parlez pas de cette dame, c’est une fin fermée. Si vous mentionnez son existence et son gout pour la chair humaine, c’est une fin ouverte. Or, elle existe bien quelque part dans son royaume, dans l’épisode 1. C’est vous qui choisissez ou non de la mentionner. C'est l'idée, en moins sinistre, reprise dans Shrek 2 où c'est le héros qui découvre ses beaux parents et que non, sa petite vie heureuse pour toujours, c'est pas gagné.

Oui, la révolte populaire renverse le tyran/dictateur et le héros parvient à se venger. Et après ? Comment va-t-il gérer l'instabilité politique qui suit et gouverner le pays?

Oui, le héros a mis la main sur cette fameuse épée. Va-t-elle résoudre tous ses problèmes ? Va-t-elle en créer d’autres ?

Oui, les humains ont repoussé l’attaque des aliens. Mais comme toute guerre, cela va engendrer des bouleversements sociaux et culturels sans précédents.

Oui, ces deux individus aux caractères et origines diamétralement opposés sont tombés dans les bras l'un de l'autre. On peut prévoir des scènes de ménage homériques au moins pour les 20 ans à venir, que ce soit pour le budget familial, l'éducation des enfants ou le programme TV qu'on regarde le soir. Et je n'ai rien dit des belles-familles.

Bref, en ce début du 21ème siècle, c’est difficile d’être assez naïf pour croire que le Mal sera définitivement vaincu à la fin de l’histoire, le héros aura résolu tous ses problèmes existentiels et de nouveaux ne vont pas surgir.

Plus je vieillis et plus j’ai du mal avec les fins fermées, sauf quand le héros meurt à la fin. Et encore, en Fantasy, on peut toujours se demander ce qui lui arrive dans l’autre monde et en SF greffer son cerveau sur un robot ou le sauvegarder sur une clef USB.

D’abord, je trouve ces fins ennuyeuses. Ensuite, ça infantilise le lecteur, on suppose qu’il ne peut pas supporter un peu de questionnement, d’incertitude et user de sa propre imagination. Et puis surtout, ça ouvre des perspectives sur autre chose. Parfois, c'est là qu'on réalise que l'auteur lui-même voyait plus loin que le bout de son nez.

Et encore, je n’ai rien dit de la vraie chute façon nouvelle de blanche qui déstabilise le lecteur, l’oblige à imaginer la suite ou revoir toute l’histoire sous un autre angle. Un grand spécialiste de ces chutes était Philip K Dick.

Et pour finir, essayez donc : « Ne vous retournez pas tout de suite » de Henry Kuttner.


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