Un Univers en 3D

Il y a des livres où l’intrigue pourrait être déplacée dans de nombreux décors sans être modifiée (Conan), il y a des intrigues qui reposent sur l’univers où elles se déroulent (Dune) et des romans où l’univers est carrément plus important que l’histoire (Terry Pratchett). Dans les trois cas, ça fait de très bons romans, le tout est de savoir gérer la situation.Vous pouvez parfaitement décider que votre univers n'aura pas une goutte de réalisme et relèvera totalement du conte. Dans ce cas, ce qui suit n'est pas pour vous!

Le gros problème quand on construit un univers qu'on veut réaliste est qu’on a tendance à y mettre simplement ses propres fantasmes et ignorer le reste. De plus, votre univers va être limité par vos connaissances. Si vous n’avez pas la moindre notion d’astronomie ou de distance entre les étoiles, difficile d’écrire un space-opéra, de nos jours. Idem pour parler de manipulations génétiques si vous n’avez pas la moindre idée de ce pour quoi code l’ADN. D’où l’importance de se documenter avant toute chose. J’ajoute qu’il est important de rester humble, surtout si quelqu’un vous dit que le concept de voyage spatial crucial pour votre histoire repose sur une énorme bêtise. On n’est plus dans les années 50.

La plupart des univers sont limités par ce à quoi les auteurs n’ont pas pensé. Soit que cela ne leur est vraiment pas venu à l’esprit, soit que cela ne les intéressait pas de développer. Enfin, la grande limitation est celle de notre propre culture : pensez au nombre d’univers futuristes où les gens pensent toujours comme des américains de la fin du 20ème siècle (aspect physique, nom, langue, mentalité…). Le plus drôle c’est de voir ces clichés anglosaxons émerger régulièrement chez des auteurs francophones !

Si vous sortez une idée, surtout une idée inhabituelle, développez-la jusqu’au bout, vous verrez que cela changera considérablement le reste de votre univers, voire de votre intrigue. Exemple : un monde désertique où les gens sont obsédés par l’eau. Un auteur lambda aurait décrit une civilisation de bédouins avec quelques gadgets. Dans Dune, Franck Herbert pousse l’idée jusqu’au bout : dans cette civilisation où l’eau est vitale, la moindre goutte sera recyclée, qu’elle vienne de l’urine, des faecès ou d’un cadavre. L’eau envahira les croyances et la manière de parler. En 1965 c’était totalement inattendu, bien que parfaitement cohérent avec l’histoire. Maintenant, Dune est un classique et les problèmes de recyclage sont dans la vie quotidienne.

C’est surtout vrai si vous insérez dans votre récit quelque chose qui relèvent franchement du fantasme. Exemple classique depuis les années 60 : une civilisation où le sexe est considéré comme une activité quotidienne banale comme une autre. Est-ce que les gens vont passer leur journée en parties de jambes en l’air ? Qui va s’occuper de l’intendance ? Y a-t-il une contraception ? Si non, que fait-on des enfants et des femmes enceintes ? Que font les vieux ? Les handicapés ? Les homosexuels ? Les moches ? Certaines pratiques sont-elles taboues (le nombre d’auteurs qui ne décrivent que les rapports hétérosexuels en position du missionnaire est affligeant) ? Cela s’inscrit-il dans une vision plus vaste (culte de la fertilité, rapprochement avec autrui, plaisir sexuel considéré comme une façon d’atteindre le divin…) ? Comment se fait le choix du ou des partenaires ? Y a-t-il un rang de préséance ? Les gens n’en ont-ils pas marre du sexe au bout d’un certain temps et l’abstinence est-elle le nouveau luxe ?

Même les idées « banales » ont besoin d’être surveillées au niveau de la cohérence : imaginez une culture où les gens sont très gentils, très soucieux de leur prochain et très serviables. Comment se règlent les conflits potentiels ? (si vous répondez « par la négociation », qui la conduit ? Est-ce toujours le même qui fait les plus grandes concessions ? Cela ne laisse-t-il pas une accumulation de petites rancœurs ?). N’ont-ils pas tendance à se mêler de ce qui ne les regarde pas, avec les meilleures intentions du monde ? N’ont-ils pas tendance à vous imposer leurs solutions « pour votre bien » ?

Non, je ne suis pas affreusement cynique. Ce que je veux signaler, c’est que l’aspect gentil et serviable de vos personnages vous permet de développer votre intrigue dans des directions auxquelles vous n’avez peut-être pas pensées.

Ce que les auteurs oublient le plus souvent :

- La bouffe (si vous avez une cité au milieu d’un désert hostile, il va falloir expliquer comment les gens arrivent à se nourrir)

- l’argent (ça a un peu d’importance dans notre monde, alors ça risque d’en avoir dans tout univers évolué avec des humains. Et s’il n’y en a pas, il faut expliquer comment marchent les échanges et les inégalités)

- les stéréotypes de notre univers qui viennent parasiter leur monde imaginaire

- la religion et surtout la vision de la mort et l’au-delà, s’il y a beaucoup de morts dans votre histoire : si vous croyez aller dans un endroit sympa après votre trépas, vous accepterez plus facilement de risquer votre peau.

- la famille (déjà, c’est le plus souvent la famille occidentale). Que font les vieux ? Les enfants ?

- le sexe, cf. plus haut

Bref, la vie quotidienne. Dans un univers où il y a 36 écrans 3D dans votre appartement, prendrez-vous encore la peine de sortir de chez vous pour aller au cinéma ? D’ailleurs, prendrez-vous encore la peine de vous déplacer hors de votre fauteuil ?

Faites une petite check list, façon manuel de géographie.

Et bien sûr, dans la période où nous sommes, si vous décrivez une société technologiquement avancée, il va falloir expliquer d’où elle tire son énergie.


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Commentaires : 1
  • #1

    Yun Kennerson (jeudi, 09 février 2017 00:19)


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