Sorcières associées, sortie prévue en Février 2017 chez ActuSF

Pour ceux qui se demandaient où elles étaient passées, pas de panique: Sorcières associées revient chez Actu SF en Février dans la colletion Bad Wolf, of course, en papier et numérique, avec une nouvelle couverture et tous les derniers gadgets! 

 

Pitch: Envoûtement de vampire, sabotage de zombies et invasion de gremlins font partie du quotidien du cabinet Amrithar et Murali, sorcières associées. Dans la cité plusieurs fois millénaire de Jarta, où la magie refait surface à tous les coins de rues, les maisons closes sont tenues par des succubes et les cimetières grouillent de goules, ce n’est pas le travail qui manque! Mais tous vous le diront: les créatures de l'ombre ne sont pas les plus dangereuses…

 

 

Le début, comme d'habitude:

 

Tanit

Une main subtile glissa le long de mon échine, taquinant mes fesses. J’entrouvris les yeux. Un rayon de soleil filtrait entre les rideaux.

— Réveillée, ma belle Tanit ? Que dirais-tu si on remettait ça ?

La main remonta le long de mon flanc pour effleurer mon sein gauche. Mon regard se posa sur la pendule. Dix heures. Mon premier rendez-vous était à treize heures. J’avais assez de temps soit pour un petit déjeuner complet avec œufs, toasts et journaux, soit pour une délicieuse partie de jambes en l’air avec ce type que j’avais plumé la veille au casino. Nul au poker, mais expert au lit. Ses doigts abandonnèrent mon sein pour se glisser au creux de mon bas ventre. Tant pis pour le petit déjeuner.

Lorsqu’il fut parti, je m’attardai à ma toilette. Rien à faire, j’aime les nippes tape-à-l’œil. C’est Padmé, mon associée qui porte toujours des saris discrets et insiste sur l’importance de présenter une image de sérieux qui inspire la confiance. Mais une sorcière a-t-elle besoin d’avoir l’air sérieuse ? On n’est pas des notaires ! Les sorciers ont été des excentriques depuis la nuit des temps ! J’accrochai d’énormes émeraudes à mes oreilles et attachai mes cheveux auburn sur le sommet du crâne. J’optai pour une tenue nordiste bâtarde avec une chemise décolletée, une longue jupe en soie rouge et un corselet noir qui mettait ma taille bien en valeur.

Vingt minutes plus tard, je descendis du rickshaw à vapeur au début de la Voie des Vents. À cette heure, l’embouteillage était tel qu’il était plus simple de finir le chemin à pied. Autotracteuses, vélocipèdes, motocyclettes, chariots à bras et attelages de bœufs, luttaient pour chaque centimètre de la grande avenue. J’aurais pu utiliser mon sortilège de transfert pour me retrouver directement dans mon bureau, mais tout sorcier vous dira qu’il ne faut pas abuser du Pouvoir. J’achetai une pomme à un vendeur ambulant et mordis dedans tout en me frayant un chemin dans la foule cosmopolite, surtout des femmes dans ce quartier commerçant. Nadinites en sarong, ilharites en shalwar kamis, stésiennes en tunique, parassies en sari, sans compter quelques nordiques dont les jupes à tournure prenaient la place de deux types. Je remarquai un grand châle bigarré dans une vitrine et notai mentalement de revenir le voir plus tard.

C’était la saison des moussons et la chaleur humide était à son maximum. Des nuages gonflés de pluie menaçaient de se rompre à tout instant au-dessus de ma tête. Certains détestent cette cité. Moi, je l’ai adorée dès le premier jour. Jarta était parvenue à rester un port franc depuis plus de deux millénaires. Peu de règles, peu de contraintes, pas d’idéologie, pas de religion. Sa première loi était celle du fric. Tout le monde avait quelque chose à vendre ou à acheter dans ses murs. Elle changeait tout le temps, se réinventait sans cesse mais au fond, elle restait toujours la même : la légendaire Cité Près de la Mer. Les nordistes y côtoyaient les méralais, les iliens s’y chamaillaient avec les érites et on y voyait même des nadinites s’acoquiner avec des parassies : Padmé et moi avions ouvert notre cabinet sept ans auparavant et les affaires étaient florissantes.

Le Pouvoir ou magie, cette énergie insaisissable, avait disparu quatre cent ans auparavant. Depuis une vingtaine d’années, il était revenu, ramenant des créatures qui avaient disparu au point de n’être plus que des légendes. Désormais, krakens et léviathans créchaient au fond des abysses marins. Gremlins et lutins nichaient dans les cimetières. Elfes et sylves batifolaient dans les forêts et bien d’autres encore. Ces bouleversements apportaient des opportunités lucratives pour ceux qui étaient prêts à prendre des risques. La sorcellerie avait été de tout temps un métier fascinant, profitable et dangereux. Un métier pour moi, en somme. Techniquement, j’avais la chance ou la malchance d’être plus qu’une sorcière ordinaire : j’avais le don. Je percevais le Pouvoir et je pouvais même le manipuler… Parfois.

La frénésie de construction qui avait saisi Jarta depuis deux ans, démolissant les bicoques, comme les palais, les temples antiques et les cimetières, réveillant esprits, goules et démons, s’était avérée une véritable aubaine. Cependant, la concurrence commençait à se faire sentir : des sorciers nadinites, parassis et même yartègiens affluaient, attirés par l’argent et l’absence de règlementation. 

J’arrivai à l’immeuble moderne orné de pieuvres qui abritait notre cabinet peu avant treize heures et pris l’ascenseur, une élégante cage de fer et de bronze. Ses engrenages cliquetaient et grinçaient aux échos dans le vaste hall. Ils avaient besoin d'être huilés. La compagnie d'entretien avait encore besoin de se faire remonter les bretelles. Je dépassai la grande porte sur laquelle une plaque en cuivre annonçait : Amrithar et Murali, sorcières associées. Conseil en surnaturel, thaumaturgie, exorcismes. Avec ma clé, j’ouvris la porte suivante, plus petite, qui se prolongeait par un couloir étroit. Elle me permettait de rejoindre mon bureau sans traverser la salle d’attente.

Dès que je posai la main sur la poignée, une onde de Pouvoir pulsatile, vivante me taquina les sens. Dans une cité où l’on pouvait croiser une fée ou une sirène dans les grands magasins, ce n’était pas totalement inhabituel, mais celle-ci ne me fit penser à aucune de ces créatures. En fait, elle m’évoquait quelque chose de bien plus sinistre. La pierre que je portai à l’annulaire gauche me brûla le doigt, virant au noir. La créature avait été identifiée. L’adrénaline se déversa dans mes veines. Si j’avais été un animal, mes poils se seraient hérissés sur mon dos. J’aurais bien aimé avoir Padmé à mes côtés, elle a une façon de s’y prendre avec les êtres magiques, mais à cette heure, elle était à l’autre bout de la ville, en train d’exorciser une boutique qui bordait la Cité des Morts.

Notre stagiaire m’attendait dans mon bureau, l’air mal à l’aise.

— Bonjour, Onézime, que se passe-t-il ?

— Cassandra vous fait dire qu’il y un monsieur… un peu étrange.

— Comment ça ?

— Et bien… Il lui fait froid dans le dos.

— Et vous, vous en pensez quoi ?

— Heu…

Onézime est un nordiste blond et potelé. Comme tous ceux de ces contrées, il n’a pas du tout l’habitude de fréquenter les femmes. Travailler avec trois d’entre elles lui fait régulièrement perdre ses moyens. On espère qu’il va s’y habituer, mais c’est long…

— Vous êtes un futur sorcier, mon ami. Vous devez avoir une opinion.

— Et ben… il me fait froid dans le dos, à moi aussi. Il doit porter un talisman très puissant.

— Avez-vous déjà vu un vampire, Onézime ?

Il devint encore plus pâle qu’il ne l’était.

— Quoi ?!

— Observez-le bien, c’est une occasion rare.

— Mais… Il va nous dévorer !

Je me dirigeai vers la porte qui donnait sur la salle d’attente et ouvris une petite fente dissimulée dans les courbes d’une moulure.

— Dans ce cas, ce serait déjà fait. Comme il a pris rendez-vous comme n’importe quel client, je vais le recevoir.

Sur un fauteuil à l’écart, était assis un nordiste aux traits acérés, fin comme une corde et blanc comme un linge, sapé d’un costume clair et coiffé d’un Panama. L’onde pulsatile venait de lui. Je me demandai ce qu’il faisait là. D’habitude, ces créatures ne fréquentaient pas notre dimension. Heureusement, d’ailleurs. Autrefois, il leur arrivait d’y tomber par accident. Des légendes faisaient mention de quelques mages Yartègiens capables de les invoquer et les tenir en leur pouvoir. Le processus était secret, si secret que personne à ce jour n’avait pu le retrouver. On savait seulement qu’il était complexe et dangereux. De plus, il fallait fournir au vampire un cadavre pour lui servir de véhicule dans notre monde. Un macchabé très frais dont les organes n’avaient pas eu le temps de se décomposer…

J’ouvris le placard à fusils, décrochai le Peterson 112 et le tendis à Onézime. Celui-ci alla se poster derrière la porte par laquelle j’étais entrée. Ensuite, je vérifiai mon propre système de sécurité, un tromblon de ma fabrication dissimulé dans le bureau, que l’on pouvait actionner d’une pression du genou. Enfin, je vérifiai mon revolver dans le tiroir. Je ne me faisais pas d’illusions : il en fallait plus qu’une balle de fusil à éléphants pour arrêter ce genre de créature.

J’ouvris la porte sur la salle d’attente. Cassandra, la réceptionniste, appela d’une voix mal assurée :

— Monsieur Watson ?

Je fis mon sourire le plus aimable.

La créature se leva et entra sans un mot.

Pendant qu’il se laissait tomber dans le fauteuil réservé aux clients, Je m’installai derrière mon bureau sans le quitter des yeux. Peu d’humains avaient des réflexes assez foudroyants pour pouvoir battre un vampire de vitesse. Je me vantais d’en faire partie.

— Et bien, que puis-je faire pour vous, Monsieur ?

— Tu sais qui je suis.

— Ça ne change pas ma question.

Il m’examina avec suspicion. Croyez-le ou non, mais toutes les créatures magiques se méfient des humains. Même les buveurs de sang. Même les dragons. Surtout les dragons.

Finalement, il articula :

— Un de tes congénères m’a piégé. Il a trouvé un moyen de me happer dans votre dimension… Il me tient en son pouvoir et m’a déjà obligé à tuer un homme.

La surprise me coupa le sifflet. Qui avait pu retrouver ce procédé ? Et dans quel but ? Les anciens utilisaient ces démons pour garder un objet, un temple, une tombe, pas saigner des gars aux quatre coins de la ville. Les gens savaient se tenir en ces temps-là ! Je finis par demander :

— Qui vous a… capturé ?

— Je ne sais pas. Tout ce qui le touche est comme brouillé dans ma mémoire. Même sa voix m’a semblé parvenir comme réverbérée par un long écho.

— Pas étonnant s’il vous a envoûté… Savez-vous comment il s’y est pris ?

— Non, sinon je ne serais pas ici !

J’eus la distincte impression que mon visiteur était à court de patience, un signe de faim chez ses congénères.

— Je vous prie de rester calme. J’ai besoin de connaître certains éléments. Malheureusement, mon cerveau ne fonctionne pas à la même vitesse que le vôtre.

Il fronça les sourcils, se demandant s’il s’agissait d’une simple déclaration, de flatterie ou d’ironie. J’enchaînai :

— L’homme que vous avez tué sur son ordre, à quoi ressemblait-il ?

Il fit un geste d’agacement.

— Ben à un humain ! J’étais comme dans un rêve…

Pour la plupart des démons, vampires et autres génies, tous les humains se ressemblent. À peine s’ils peuvent distinguer les adultes des enfants et les mâles des femelles.

— Avait-il des cheveux ou était-il chauve ?

Au bout d’une dizaine de questions-réponses, je parvins à établir que sa victime était d’âge moyen, la peau sombre, de petite taille, avec des lunettes. Il semblait l’avoir trouvé trois ou quatre jours auparavant aux abords du quartier de la Lagune, près du Petit Canal.

— Comment se fait-il que votre ravisseur vous ait laissé libre d’aller et venir ?

— Il se fiche pas mal de ce que je peux faire quand il n’a pas besoin de moi, je suppose. Et j’ai faim.

Je me forçais à ne pas sauter sur mes pieds.

— Très bien. Je vais trouver cet homme. En attendant, allez au 14 rue de la Salamandre. C’est un petit refuge pour créatures magiques, tenu par le Docteur Gamal, un ami. Il vous procurera du sang … en quantité limitée. Il rachète les stocks périmés de l’hôpital. Vous ne mangerez aucun humain dans cette cité… Ou ailleurs dans cette dimension. Ça fait partie des termes de notre contrat.

Il fit la grimace.

— Si vous voulez que je vous aide à retourner dans votre monde, vous allez faire ce que je dis.

Le vampire me fixa, les yeux flamboyants. J’ai eu le canon d’une arme pointé sur moi à de nombreuses occasions. C’était beaucoup moins impressionnant.

— Bien, finit-il par laisser tomber d’un ton maussade. Et pour le paiement ?

 

— Le tarif habituel. 

 

 

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