Autopubliés anglophones et marché de la fantasy français

S'il y a deux ou trois ans, j'étais très enthousiaste à propos de l'autoédition américaine qui m'a permis de découvrir plein de textes originaux, je mets un peu d'eau dans mon vin aujourd'hui. Pourquoi? Parce que pleins de gens se sont rués dans la brèche. Qui peut les en blâmer? Avec un marché du travail aussi peu rassurant, qui ne chercherait pas une deuxième, ou même une première, source de revenus?

Beaucoup se sont lancés dans quelque forme de commerce internet, qui, si elle est légale, n'en est pas moins discutable: des "illustrateurs" incapables de dessiner un cœur, sous-traitent leurs couvertures sur Fiverr et les font payer des dizaines de dollars à leur clients. Des "commerçants" revendent des objets qu'ils n'ont jamais vu de près, à partir de grossistes chinois (le dropshipping). Bref, de quoi écrire des douzaines de romans et faire des centaines d'arnaques.

Et si vous n'êtes pas doué pour les affaires, pourquoi ne pas écrire un livre et le vendre? Recettes de cuisine, tricot, broderie, mais aussi régimes farfelus et développement personnel fleurissent sur les étagères virtuelles d'Amazon. Et bien sûr, plein de gens se sont mis à écrire des romans pour gagner des sous. Encore une fois, qui pourrait le leur reprocher? Si un texte comme 50 Shades of Gray a fait un tabac, oseriez-vous dire à un aspirant auteur que son livre n'a aucune chance de succès parce qu'il est trop mauvais?

Ce boom des romans autoédités a même généré un nouveau secteur de l'économie: illustrateurs, correcteurs, coaches en écriture, marketing... Vous na'vez aucune idée du sujet de votre roman? On vous vend clés en main un syno détaillé chapitre par chapitre. Si vous êtes vraiment incapable d'écrire une phrase, quelqu'un d'autre peut le faire pour vous (https://reedsy.com/ghostwriting/book-ghostwriter).

Bref, le marché a été envahi de romans de qualité médiocre qui se ressemblent comme des clones. Trouver encore des pépites revient à chercher une aiguille dans une meule de foin  (je suis assez maso pour aimer ce genre d'exercice).

 

Quelle conséquence pour la France, me direz-vous? Et ben en France, on est très traditionnel: on lit des traductions de romans de fantasy parus d'abord chez un éditeur anglophone. Or, les éditeurs anglophones ont de moins en moins de romans à publier. En effet, la plupart des nouveaux auteurs passent directement par l'autoédition, histoire de tirer un maximum de sous de leur œuvre (encore une fois, comment le leur reprocher?). En France, 2015 ou 2016, pas de nouveaux auteurs lancés en fanfare, comme Marc Lawrence ou Daniel Polanski.  Les auteurs autoédités font traduire et distribuent eux-même leurs ouvrages sur les marchés étrangers. Or, la langue de Molière n'est pas leur priorité. Ils commencent par celles de Cervantès et de Goethe. Vu la taille du lectorat français de SFFF, on les comprend. Bref, le flux régulier de traductions de nouveaux auteurs anglophones risque de baisser dns nos librairies. Cependant, cela veut dire qu'il y a potentiellement une niche à prendre pour les auteurs de langue française. A vos stylos!

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Commentaires : 2
  • #1

    Escrocgriffe (samedi, 12 novembre 2016 07:14)

    Ton article est intéressant. C'est bien que tu finisses sur une note positive, car mine de rien ton billet m'a fait un peu peur, notamment sur le fait qu'il y ait de moins en moins de traductions ! De manière générale, j'espère sincèrement que la qualité triomphera sur le long terme.

  • #2

    Alex Evans (dimanche, 13 novembre 2016 16:18)

    Je dirais plutôt que les livres qui vont résister à l'épreuve du temps et seront encore lus dans 50 ans seront les romans de qualité, un peu comme ceux qui ont survécu parmi la masse de pulps américains de l'Age d'Or.