Personnes spéciales

Juste pour les vacances, voici un nouveau mini-roman d'urban fantasy: Personnes spéciales.

 

Pitch:

 

Sylvain, jeune étudiant en médecine est affecté pour son premier stage dans un nouveau service de pointe, ouvert quelques mois auparavant. Les deux stagiaires qui l'y ont précédé ont mystérieusement disparu. Ce qu'il va y découvrir va remettre en question non seulement ses certitudes sur la vie et la mort, mais sur l'humanité...

 

Si vous vous demandiez à quoi pourrait ressembler Grey's Anatomy chez les vampires, loups-garous et autres zombies, ne cherchez plus, ce roman va tout vous expliquer!

 

Et comme d'habitude, le début:

 

Chapitre 1

 

 

 

Derrière son bureau, le Doyen écarta les bras en signe d’impuissance.

 

— Ce sont les seuls postes qui me restent. Le Ministère nous a supprimé presque tous ceux qui étaient vacants. J’ai dû batailler ferme pour garder ces deux derniers, en argumentant que j’avais des étudiants à recaser plus tard. Ah les réductions budgétaires…

 

Sylvain retint un soupir. Il ne s’attendait pas à ça. En entrant dans sa quatrième année de médecine, il se préparait à entamer son premier stage sérieux à l’hôpital : un stage d’externe. Une rencontre avec une camionnette au détour d’un virage lors d’une balade en vélo deux mois auparavant, en avait décidé autrement. Il avait bien découvert l’hôpital, mais comme patient. Il avait commencé par passer une semaine aux soins intensifs avec une contusion pulmonaire et des côtes cassées, puis subi deux opérations pour sa fracture du tibia. Bien sûr, il avait dû laisser tomber son job au black dans un petit restau. Les finances de sa famille étaient au plus bas. Même si sa mère ne lui avait rien dit, il la soupçonnait d’avoir emprunté de l’argent à plusieurs copines pour lui payer les douceurs qu’elle lui amenait pour compléter le menu spartiate de l’hosto. Et à présent qu’il était remis sur pied, il découvrait que son choix de stage s’avérait beaucoup plus réduit que prévu. Il se résumait à deux postes : l’un dans un service de gériatrie et l’autre dans un nouveau SAMU qui avait ouvert six mois auparavant. Le premier était à une heure et demie de transport de chez lui et même s’il avait bonne réputation, semblait ennuyeux, même pour un jeune homme peu porté sur l’action, comme lui. Quant au SAMU, il était à une demi-heure de son domicile et bien sûr, promettait plein d’aventures à aller soigner des patients loin du cadre traditionnel des quatre murs de l’hôpital. Peut-être même ce stage risquait-il d’être un peu trop tumultueux pour lui, songea Sylvain. Il était un garçon rangé. Même s’il aimait voir des aventures dans les séries télé, il appréciait peu l’imprévu dans la vie réelle. De plus, le travail au SAMU demandait des prises de décision rapides et Sylvain aurait été le premier à reconnaitre qu'il était plutôt du genre indécis. Enfin, il ignorait totalement l’ambiance de ce service. Les vagues rumeurs qu’il avait entendues n’étaient guère encourageantes : son prédécesseur avait semble-t-il quitté son poste à mi-stage, après une dispute avec l’un des médecins transporteurs.

 

— Les gardes au SAMU PS sont payées comme des gardes d’interne, glissa le Doyen. Il y en a environ six par mois.

 

Une centaine d’euros par garde ? Ça réglait au moins une partie du problème de fric. Pour le reste, il verrait plus tard.

 

— Je vais prendre le SAMU.

 

— Très bien. Je vais en informer le chef de service, le Professeur Saithoux. Vous commencerez jeudi à huit heures.

 

 

 

Une fois sorti du bâtiment administratif, il prit son vieux portable aux touches écaillées et composa le numéro de Cédric, le représentant syndical étudiant qui était toujours au courant de tout. Il était treize heures passé et ce dernier devait être en train de rejoindre les cours à la fac. Il décrocha dès la deuxième sonnerie.

 

— Salut, Cédric, c’est Sylvain Agossou.

 

— Ah, comment ça va mon vieux ?

 

— Je suis sorti de réeduc » hier. Je viens d’aller voir le Doyen et il ne m’a donné le choix qu’entre deux postes.

 

— Ah, ouais ! Le Ministère a fait une razzia sur le budget des externes pendant que t’étais pas là. On a bien protesté, écrit aux journaux, mais que veux-tu : les carabins, ça n’intéresse personne ! Alors qu’est-ce que t’as pris ?

 

— Ben ce nouveau SAMU. J’espérais que tu pourrais me donner quelques tuyaux dessus.

 

— Désolé, mais, maintenant que j’y pense, je ne le connais pas du tout.

 

— Quelqu’un est déjà passé en stage, là-bas, non ?

 

— Ouais… Heu… Deux personnes. Je crois que ni l’un, ni l’autre n’a fait les quatre mois. Ils ont été arrêtés pour des problèmes de santé… Tout au moins officiellement. L’une, c’était Coralie Toutain, en D3. Depuis, elle n’a pas donné signe de vie. Ça a fait pas mal de bruit, sur le coup. Elle a quitté son super appart', plus de téléphone à ses copains, plus de message Facebook… Silence total. Il y en a qui ont dit qu’elle avait fait un burn-out et d’autres qu’elle avait été harcelée par l’un des médecins et même qu’elle avait un cancer !

 

Sylvain se gratta la tête. Il ne connaissait pas personnellement Coralie Toutain de Bareville, mais n’ignorait pas sa réputation. Elle était dans l’année au-dessus. Une gosse de riches issue de la vieille noblesse normande, une snobinarde avec une grande gueule et une tête enflée qui même en temps normal n’aurait pas daigné lui parler.

 

— Et l’autre ?

 

— Hum, c’était qui, déjà ? Ah, oui ! Axel Lefur. Ben c’est un peu pareil… Lui, on sait qu’il n’aimait pas le service. Il disait que c’était une bande de caractériels. Alors son arrêt de travail, ce n’était peut-être qu’un prétexte pour ne pas finir le stage. Mais comme il n’est pas aussi populaire que Coralie, ça n’a pas fait de bruit et je n’en sais pas plus.

 

Le jeune homme ne connaissait pas davantage Axel qui lui, était dans son année à lui.  Comme nombre de ses condisciples, ce dernier venait d’une famille aisée et considérait qu’un noir fils d’immigré qui faisait de prestigieuses études de médecine était une anomalie. Si certains ne cachaient pas leur dédain, Axel se contentait de l’ignorer poliment. Il ne risquait pas de lui fournir des informations non plus.

 

— C’est chelou, quand même !

 

— Officiellement, personne n’est venu se plaindre à moi. D’un autre côté, Coralie et Ax', c’est pas non plus des caractères faciles…

 

— Il doit y avoir une raison pour qu’ils payent aussi bien les gardes… Mais bon. Après tout, ce n’est que pour quatre mois.

 

— T’es optimiste, comme mec ! Appelle-moi si t’as des problèmes.

 

 

 

Le bâtiment qui abritait le SAMU, une annexe du vieil hôpital, avait été refait à neuf. De grandes baies vitrées reflétaient la lumière cotonneuse de ce matin de novembre. Sur la façade, un volet roulant à moitié levé laissait entrevoir un garage avec deux ambulances. À une cinquantaine de mètres, au milieu d’une pelouse, était posé un hélicoptère. La possibilité d’y monter n’en excita que plus la curiosité de Sylvain. La veille, il s’était procuré les tenues adéquates : pantalon, T-shirt et veste blancs à la lingerie de l’hôpital. Un carnet de notes, un stylo, son stéthoscope et il était fin prêt.

 

Même si son visage était impassible, il avait les mains moites et son cœur battait à tout rompre. La veille, il avait mal dormi, se tournant et se retournant dans son lit. Si tous les étudiants avaient le trac le premier jour de leur premier stage d’externe, il était conscient d’éprouver plus d’appréhension que ses condisciples. Autant lire des bouquins complexes et avaler des quantités énormes d’informations, à seulement vingt et un ans, était un jeu pour lui, autant il se sentait toujours mal à l’aise lorsqu’il s’agissait d’interagir avec ses semblables. Comment allait-il s’intégrer dans l’équipe ? Allait-il être à la hauteur ? Saurait-il poser des questions intelligentes et participer à la conversation, d’autant plus qu’il ignorait totalement l’ambiance qui régnait dans ce service ? Deux soirs de suite, il avait tenté de glaner des informations sur internet, mais n’avait rien trouvé de précis. Le décret de création du Ministère de la Santé précisait laconiquement qu’il s’agissait d’une unité expérimentale pour « personnes spéciales », abrégé en « SAMU PS ». Cependant, le texte ne s’étendait pas sur la définition de « spécial ». Et pour expérimenter quoi  ? Un SAMU social ? Ce n’était pas les pauvres qui manquaient dans le département, mais ils étaient déjà traités par les services habituels. Sans doute, l’unité était-elle trop récente pour avoir laissé des traces sur la Toile, avait pensé l’étudiant. Il avait alors lancé une recherche sur le nom du chef de service, Olivier Saithoux. Comme on pouvait s’y attendre, il trouva de nombreux articles traitant de réanimation, mais aussi des études scientifiques beaucoup plus inhabituelles, sur la physiologie en milieu extrême, l’acupuncture, ou les effets de la transe chamanique sur le métabolisme du glucose. Ce nouveau SAMU allait-il utiliser des médecines parallèles ? Cela pouvait expliquer la réaction de ses prédécesseurs.

 

La tête pleine de questions, il poussa la porte sur le côté du garage et fut saisi à la gorge par une forte odeur d’ail. Quelqu’un préparait-t-il déjà le repas de midi ? Derrière cet effluve s’infiltra celui du café. Il jeta un coup d’œil circulaire. Il était dans un petit hall d’entrée. Une porte vitrée sur sa droite menait au garage. Les deux camions portaient le logo « SAMU », mais ce dernier n’était pas suivi du numéro du départent, contrairement à toutes les ambulances de ce genre. Le jeune homme traversa le hall pour s’engager dans un couloir aux couleurs claires. Il passa successivement des portes marquées « Réserve 1 », « Réserve 2 », « Ambulancier », « Stagiaire », « Médecin », « Régulateur » et devina qu’il s’agissait des chambres de garde.  Le couloir l’amena au seuil d’une vaste pièce où se dressaient plusieurs bureaux surmontés d’ordinateurs et de piles de papier. Celui de droite était occupé par une quinquagénaire coiffée d’écouteurs, sans doute la standardiste qui recevait les appels. Derrière celui du fond était assis un homme du même âge aux larges lunettes carrées, plongé dans le Quotidien du Médecin. Sylvain supposa qu’il s’agissait du médecin régulateur qui analysait les appels et décidait des réponses à leur donner : envoyer une ambulance simple, le médecin généraliste de garde ou le SAMU. À sa gauche, après un coin-cuisine d’où émanaient l’odeur de café, une femme d’une trentaine d’années à la mine déterminée l’examinait de ses yeux noisettes. Le badge sur sa veste blanche indiquait : Docteur Christine Tétois, Chef de Clinique.

 

— Ah, t’est…

 

Elle vérifia la feuille devant elle.

 

—… Sylvain Agossou ?

 

— Heu, oui, c’est moi. Bonjour.

 

Elle se tourna vers l’homme au fond de la salle.

 

— Hé, Prof ! Le nouvel externe est là !

 

Il leva les yeux de son journal.

 

— Ah, hum… Bienvenue dans le service. Tu veux un café ?

 

Bon, il y avait pire, comme accueil. Il fallait faire bonne impression.

 

— Volontiers, merci.

 

Il se tourna machinalement vers la cuisine. La femme l’interpella :

 

— Avant tout, tu vas mettre un sachet de sécurité. Qu’on n’ait pas heu… d’accident. Viens par ici.

 

Elle l’entraina à travers le couloir jusqu’à la petite pièce marquée « Réserve 1 ». Contre les murs s’élevaient des meubles à tiroirs emplis de seringues de toutes les tailles, de tubulures à perfusions, d’aiguilles, de tuyaux de toute sorte et d’ampoules de médicaments. Sylvain se retint de plisser le nez. Non seulement l’endroit empestait l’ail encore plus fort que le couloir, mais il y avait aussi d’autres odeurs qu’il était incapable d’identifier. Christine s’approcha d’une étagère où s’empilaient de petits sachets blancs attachés au bout d’un cordon de la même couleur. L’odeur venait de là. Peut-être était-ce vraiment un SAMU qui réanimait par les plantes ? Non, c’était trop délirant, décida Sylvain. Pendant ce temps, sa nouvelle chef saisit l’un des sachets et le lui suspendit au cou. Le jeune homme réalisa avec horreur qu’elle en portait un, elle aussi. Il allait devoir vivre dans cette odeur pendant tout son stage.

 

— Il faudra qu’on t’explique un ou deux trucs, fit-elle avant qu’il n’ait eu le temps d’ouvrir la bouche. Ici, on…

 

Le rugissement des haut-parleurs l’interrompit :

 

— SAMU PS départ primaire (1).

 

Au même moment, son téléphone sonna. Elle décrocha et le colla brièvement à son oreille :

 

— Allô ?

 

Après quelques secondes, elle le glissa dans sa poche avec une grimace.

 

— Merde.

 

Elle jeta à son nouvel externe un long regard, comme pour le jauger et hésita quelques instants. Le moteur du camion retentit dans le garage, de l’autre côté du mur.

 

— Tu viens avec moi et tu fais exactement ce que je te dis. Compris ?

 

 

 

 

 

(1) Une ambulance du SAMU effectue un transport primaire, lorsqu’elle intervient auprès d’un patient en dehors de l’hôpital, puis l’y ramène. Lorsqu’elle transporte un patient entre deux hôpitaux, elle effectue un transport secondaire.

 

Chapitre 2

 

 

 

Le jeune homme ne put que hocher la tête. Sans plus de commentaires, Christine se retourna et marcha à grands pas vers le garage, envahi par le bruit assourdissant du moteur de l’ambulance. Elle lui fit signe de monter et il se retrouva assis à côté du chauffeur, un homme à la cinquantaine potelée qui devait être plutôt jovial d’habitude, mais à l’instant, affichait une mine soucieuse.

 

— Doit-on appeler les pompiers en renfort ? demanda-t-il.

 

Christine secoua la tête, les sourcils froncés.

 

— Non. Je crois qu’on y arrivera sans, comme l’autre fois.

 

Le camion démarra, sortit de l’enceinte de l’hôpital et s’engagea dans l’avenue toutes sirènes hurlantes. Il était près de 8 h 30 et le trafic était à son comble. L’ambulance louvoyait entre les véhicules, traversait au feu rouge des carrefours pleins de monde, empruntait des rues à contresens dans une combinaison d’accélérations et de coups de frein. Les dents serrées, Sylvain se cramponnait à son siège, pétrifié de terreur. C’était bien plus impressionnant qu’un jeu vidéo ! Sa chef lui secoua le bras pour le faire sortir de sa transe :

 

— Je te présente Étienne, notre ambulancier. Étienne, voilà Sylvain, notre nouvel externe.

 

— Enchanté, fit l’homme sans quitter la route des yeux. Il a été briefé ?

 

— Non.

 

Il y eut un silence.

 

— Bon, reprit Christine. On a été appelés pour un malaise hypoglycémique chez un diabétique insulinodépendant. Tu connais les signes de l’hypoglycémie ?

 

L’étudiant n’eut pas besoin de se creuser la cervelle. Il avait passé son hospitalisation à potasser ses cours pour ne pas prendre de retard.

 

— Faim, sueurs, angoisse, malaise, agitation, délire, convulsions, coma.

 

— Bien ! Ce patient, on le connaît. Il est très costaud et a tendance à devenir très agressif quand il est en hypo. Il est capable de frapper, de griffer ou de… mordre. C’est… C’est un loup-garou.

 

— Pardon ?

 

— Un loup-garou répéta rapidement sa chef.

 

Ce devait être du jargon.

 

— C’est quoi, un loup-garou ?

 

Elle le fixa dans les yeux :

 

— Un individu capable de se transformer en loup. Tu sais, cet animal au pelage gris, avec quatre pattes, une queue, une gueule et des dents.

 

Sans doute, faisait-elle de l’humour. Cette plaisanterie était pourrie, mais il fallait faire bonne impression. Sylvain esquissa un sourire poli. Christine secoua la tête :

 

— Je ne plaisante pas ! Il se transforme vraiment en animal !

 

— C’est ça ! Je sais qu’on fait toutes sortes de blagues aux nouveaux, mais tu ne penses pas que c’est un peu gros ?

 

Elle soupira et lâcha son bras.

 

— OK, tu verras bien assez tôt. Je t’aurais bien laissé dans le service, mais on manque cruellement de bras… On n’a pas encore d’infirmières, ni d’internes. Rappelle-toi de faire gaffe.

 

Sylvain hocha la tête. Il avait fait son stage de deuxième année aux Urgences où les patients agressifs n’étaient pas rares. Au moins, les diabétiques ne pouvaient être tenus responsables de leur comportement lors des hypoglycémies. Pas comme d’autres…

 

— Traitement ? continua Christine.

 

— Patient conscient : resucrage par voie orale. Patient comateux : deux ampoules de glucose heu… à trente pour cent en intraveineux. Si intraveineuse impossible : glucagon, une ampoule en intramusculaire.

 

Elle secoua la tête :

 

— Avec lui, je ne pense pas qu’on aura la possibilité de faire une intraveineuse. Donc, ce sera glucagon en intramusculaire à travers le pantalon… Et il a besoin de très grosses doses. Trois ampoules, c’est un minimum. S’il est agressif, Étienne et moi, on va le maitriser et c’est toi qui feras l’injection. T’en a déjà fait ?

 

— Ouais, pas de problème.

 

Sylvain imagina une espèce de Hulk massif agitant les bras. Pas mal pour sa première sortie. Avec sa taille moyenne et sa silhouette longiligne de coureur de fond, il ne s’était jamais imaginé en champion de lutte. Mais après tout, les patients violents faisaient partie du métier. Il se débrouillerait d’une façon ou d’une autre.

 

L’ambulance s’arrêta toutes sirènes hurlantes devant un immeuble moderne dans un quartier résidentiel. Des graffitis ornaient les murs, dont un « Les étrangers dehors ! » calligraphié en lettres gothiques. Quelques mères de famille emmenant leurs enfants à l’école leurs jetèrent un regard indifférent. Christine sauta à bas du camion, s’engouffra à l’arrière et ouvrit la valise de médicaments.

 

— On va préparer le glucagon tout de suite. Des fois que…

 

Elle effectua rapidement le mélange entre les ampoules et le solvant, les transféra dans une seringue et la coiffa d’une aiguille verte à intramusculaire qu’elle tendit au jeune homme :

 

— Ne la perds pas !

 

Elle empoigna la valise et le scope, tandis qu’Étienne prenait le respirateur et la bouteille d’oxygène. Ils ouvrirent la porte de l’immeuble, montèrent rapidement au deuxième étage et sonnèrent. Pas de réponse. Christine et l’ambulancier échangèrent un regard et posèrent le matériel sur le sol. La jeune femme tourna la poignée de la porte. Le battant s’ouvrit. Elle alluma l’interrupteur et s’avança dans une entrée très ordinaire, avec chaussures, miroir et deux vestes accrochées à un portemanteau. Un poster de PSG s’affichait sur le mur de gauche. Au-delà, l’appartement était sombre et silencieux. Le pauvre gars devait être dans le coma, pensa Sylvain.

 

— Stéphane ? appela sa chef d’une voix hésitante, avant de prendre le chemin de ce qui semblait être la chambre à coucher.

 

— Stéphane ?

 

Une sorte de rugissement lui répondit. Christine et Étienne plongèrent dans les ténèbres de la pièce. Il y eut un bruit de chaise renversée, puis de verre et un autre rugissement, comme Sylvain n’en avait jamais entendu. Il actionna l’interrupteur à tâtons. Une lumière tamisée éclaira la pièce. Sur le lit, dans un amas confus, la jeune femme et l’ambulancier luttaient avec un individu puissamment bâti, couvert de poils gris. Le jeune homme distingua un short et un T-shirt encore aux couleurs du PSG. Il fixa le trio, perplexe. Ce qu’avait dit sa chef lui revint à l’esprit. Certes, le patient était très poilu. Mais de là à le traiter de loup-garou…. Soit c’était une blague très bien mise en scène, soit…

 

— Sylvain, le glucagon ! cria Christine.

 

Il fit un pas en avant et trébucha sur quelque chose pour s’étaler de tout son long. Une bouteille de whisky roula à côté de lui. Un terrible élancement parcourut la jambe qu’il s’était fracassée deux mois auparavant. Il se remit debout en étouffant un juron. La seringue n’était plus dans sa main. Pendant ce temps, le lit craquait et gémissait sous un enchevêtrement de bras, de jambes et de draps, le tout saupoudré des plumes d’un oreiller éventré.

 

— Sylvain, grouille !

...

 

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