Vivre de sa plume

Voilà le sujet dont tout le monde parle!  Pouvoir vivre de sa plume, ne serait-ce pas la solution à tous les problèmes des auteurs?

 

 

Heu… Au risque de me faire bombarder de tomates pourries, je n'en suis pas sûre. Mais bon, j'ai toujours eu le gout du paradoxe!

 

 

Pour commencer, vivre de sa plume, revient à être un travailleur indépendant (vous voyez un éditeur salarier ses auteurs?), un statut que j'ai eu au début de mon autre carrière, celle qui me fait manger. Un statut  qui, comme on le dit souvent, ne convient pas à tout le monde. Ayez donc une petite discussion avec un artiste à temps plein pour voir.

 

 

Je ne parle même pas de la paperasse, de l'irrégularité des revenus ou des problèmes dès que vous voulez contracter un emprunt à la banque.

 

 

Tout d'abord, quel pourcentage du prix d'un exemplaire de votre roman pensez-vous devoir toucher? Ensuite, essayez d'imaginer le nombre à vendre par an pour avoir un revenu correct. Et ce n'est pas tout: allez-vous devoir sortir un nouveau titre tous les ans pour garder vos ventes constantes? Là, le travail d'auteur peut virer au stakhanovisme!

 

 

Deuxièmement, ne serez-vous pas tentés dans cette situation, d'avoir des considérations commerciales: écrire dans un genre qui se vend, plutôt que le type de roman que vous aimez écrire? Si vous allez gagner cinq fois plus en écrivant de la romance paranormale plutôt que de la hard-SF, qu'allez-vous choisir? Et si les éditeurs cherchent tous un roman à la mode et vous demandent "un truc  dans le genre de" Lévy ou Musso, allez-vous vous précipiter pour en écrire un? Serez-vous plus sensible au consensuel, à la tendance du jour en politiquement correct si vous devez vendre au plus grand nombre? Que ferez-vous de la loi du marché?

 

 

Au contraire, si vous n'êtes pas dépendant de votre œuvre pour nourrir vos enfants et payer le loyer, vous pouvez vous permettre de garder votre liberté créatrice et écrire le roman que vous voulez. Si aucun éditeur n'en veut, vous pouvez toujours l'autoéditer. S'il ne se vend pas, cela ne vous fera qu'une blessure d'amour-propre. Quoi, ce serait intolérable? Désolée, mais pour travailler en indépendant, il faut être un minimum coriace. Un ego sensible est un handicap.

 

 

C'est l'une des raisons pour laquelle j'ai arrêté le travail à mon compte: le secteur qui m'intéressait n'était commercialement pas rentable du tout. J'ai essayé de faire une activité "commercialement porteuse" à la place pendant quelque temps, j'ai gagné plein de sous, mais j'ai fini par m'ennuyer. Il a fallu faire un choix (en langage managérial moderne, ça s'appelle un arbitrage).

 

 

De la même façon, si vous ne comptez pas sur votre dernier livre pour manger les six prochains mois, vous êtes beaucoup plus sereins pour négocier votre contrat avec un éditeur. Vous pouvez refuser une clause abusive et ne pas être publié, une fois de plus, la seule chose qui en souffrira sera votre amour-propre.

 

 

Enfin une dernière chose: si vous vivez de votre plume, vos chers collègues auteurs deviennent aussi quelque part vos concurrents, non? Vis-à-vis des éditeurs, des lecteurs… Je ne dis pas que la communauté des auteurs en deviendra un monde impitoyable, mais vous connaissez un milieu professionnel qui ressemble à l'univers des Bisounours, vous?

 

 

 

Bref, vivre de sa plume en indépendant règlerait certains problèmes, mais en créerait d'autres. Lesquels vous préférez?

 

Au fait, quelques écrivains qui cumulèrent leur job et l'écriture ou n'avaient pas du tout besoin d'écrire pour vivre:

 

- Lord Dunsany ("rentier")

- JRR Tolkien (prof)

- Lewis Carroll (prof)

- Arthur Conan Doyle (médecin)

- Frank Herbert (journaliste)

- Leigh Branckett (scénariste)

- Rider Haggard (fonctionnaire, puis avocat)

- Bram Stoker (directeur de théâtre)

- Lyon Sprague de Camps (ingénieur)

- Isaac Asimov (chimiste)

- Robert Heinlein (militaire, mais dut arrêter pour cause de tuberculose)

 

Pensez-vous que leur job ait eu une influence sur leurs œuvres?

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