Le Monde des Sorcières associées: les marchands-aventuriers

Le Hall des Marchands-Aventuriers d'York
Le Hall des Marchands-Aventuriers d'York

Vous croyez que les marchands-aventuriers, c'est juste un concept romantique?

 

Que nenni! Les marchands-aventuriers ont réellement existé. C'étaient des marchands anglais qui faisaient commerce par mer. Les Compagnies de Marchands-Aventuriers se sont formées dans les grandes villes anglaises (Londres, York, Bristol…) vers le 14ème siècle et faisaient en particulier commerce de drap de laine avec le Continent (un gros business, à l'époque).

 

Pourquoi "aventuriers"? Pour nous, le concept de marchand en fantasy évoque un individu d'âge moyen, quelque peu potelé, peureux, avare, pas trop futé et assis confortablement derrière un bureau. En Europe, au Moyen-âge, il en était tout autrement. Les marchands et artisans étaient rares, coincés entre les paysans, les religieux et les nobles. Ils dépendaient, comme maintenant, des aléas de l'économie et leurs marchandises étaient très convoitées à une époque où l'application de la loi était un peu approximative. Difficile d'empêcher un seigneur de se servir dans votre entrepôt dans certains coins de l'Europe féodale…

 

Il faut se rappeler que le mot "aventure" au Moyen-âge évoquait le hasard, voire plutôt la mésaventure, bref, le risque. Prendre la mer, à l'époque, c'était risqué. Si vous lisez l'histoire anglaise d'un peu près, vous verrez qu'un certain nombre de personnages importants se noyèrent en traversant simplement la Manche et que cela influença le cours de l'Histoire.  Si l'Armada espagnole fut défaite par le flotte britannique, c'était surtout après avoir été sérieusement amoindrie par une tempête. Si le Japon échappa à une invasion par les Chinois de Khubilaï Khan, ce fut grâce à une autre tempête (le Kamikaze). Rien que pour ça, faire voyager ses marchandises par mer, ça supposait des nerfs solides. Mais ces marchands inventèrent assez rapidement un système de "mutuelle" où cotisaient tous les membres, pour compenser les pertes, voire même verser un "capital décès" aux familles des marins morts.

 

Par ailleurs, ce type de transport vous exposait aux pirates. Non, il n'y avait pas que ceux des Caraïbes: au Moyen-âge, la Manche et la Mer du Nord grouillaient de pirates anglais, néerlandais, allemands et danois (les habitudes viking, ça ne s'oublie pas). Ajoutez à cela divers conflits de la région qui pouvaient transformer votre navire en dommage collatéral et la concurrence des autres marchands (les flamands, ou ceux de la Hanse de la Baltique) qui pouvait elle aussi s'avérer violente.

 

De plus, les marchands avaient toujours un petit coté suspect dans l'esprit de la population: ils voyageaient, recevaient des informations de divers pays et étaient régulièrement soupçonnés d'être des espions ou de répandre des idées peu catholiques, surtout s'ils faisaient commerce avec des juifs, des arabes ou des orthodoxes. Ils étaient instruits sans faire partie du clergé, étaient riches, sans faire partie de la noblesse et étaient des roturiers sans travailler de leurs mains. Sans compter qu'ils n'étaient pas toujours honnêtes dans leur business… Alors, ils se devaient de montrer régulièrement patte blanche par des cadeaux aux seigneurs, à l'Église ou en finançant des hospices ou des aumônes.

À la Renaissance, ces marchands-aventuriers se sont tournés vers le Nouveau Monde et ont financé de nombreux voyages d'exploration. Ils ont même payé la traversée du Mayflower (ils n'ont jamais récupéré leurs sous sur cette affaire). Finalement, minée par des conflits internes et la concurrence d'autres businesses plus modernes et dynamiques, la dernière compagnie de marchands-aventuriers ferma au cours des guerres napoléoniennes.

Bref, des individus sur lesquels on pourrait écrire des douzaines de romans et bien plus intéressants, àmha que les aventures d'un chevalier à demi-illettré coincé dans quelque conflit de voisinage.

Et encore, je n'ai parlé que des marchands européens de la Mer du Nord. La Méditerranée, l'Océan Indien, les caravanes transahariennes ou celles de la Route de la Soie, il y a de quoi faire rêver encore d'avantage…

 

 

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