L'Univers de Sorcières associées: les pirates Stésiens

Si vous prononciez le mot "pirate" devant un français du 17ème ou 18 ème siècle, à la fameuse époque des pirates des Caraïbes, il y a fort à parier que le français en question n'imaginerait pas un grand escogriffe en chapeau à plumes, mais plutôt un grand escogriffe en turban. Et oui. Les Caraïbes, c'était à quelques milliers de kilomètres, alors les français s'en fichaient un peu. Par contre la Méditerranée, c'était à coté, surtout si vous habitiez dans le Sud du pays et la Méditerrannée, elle, était hantée par les barbaresques, oui, ceux de Molière: "Mais qu'est-il allé faire dans cette galère?". Malgré cela, si vous avez du lire des tartines sur les pirates de Caraïbes depuis les films de Disney, je parie que ceux de la Méditerranée, vous n'en avez jamais entendu parler, même si c'était bien plus près (ils étaient basés à Alger) et que leur présence a duré près de 3 siècles (entre 1540 et l'occupation française, grosse modo).

 

Les premiers Barbaresques étaient des arabes chassés d'Espagne par Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon. Ils se reconvertirent en corsaires et furent embauchés par les sultans turcs pour tenir à distance les flottes européennes. Très vite, ils devinrent semi-indépendants et développèrent cette activité en un business florissant: non seulement ils attaquaient les navires marchands d'Europe, mais en tirant profit de tout conflit sur le continent. Par exemple, lorsque les anglais feront passer leurs navires en Méditerranée pendant des guerres napoléoniennes, ils devront verser aux barbaresques une somme rondelette et leur donner un navire pour garantir leur "neutralité".
Hommes d'affaires jusqu'au bout du sabre, ils firent de la prise d'otages un business juteux (Cervantès fut l'une des victimes). Ils razziaient aussi les villages côtiers de l'Italie, de l'Espagne et du Sud de la France, parfois jusqu'au Sud de l'Angleterre, emmenant des milliers de paysans comme esclaves (jusqu'à un million selon certaines estimations!). Là aussi, ils firent une plue-value jûteuse: l'Église organisa des collectes pour tenter de racheter un maximum de ces prisonniers. Pourquoi? Comme en théorie, les musulmans n'avaient le droit de réduire en esclavage que des non-musulmans, un prisonnier chrétien pouvait dans une certaine mesure négocier sa liberté s'il se convertissait à l'Islam et s'engageait à rester vivre dans un pays musulman. Pour tous ces pauvres gens, la tentation était grande! Aussi, l'Église, plus inquiète pour le salut de l'âme des prisonniers que de leur liberté essayait de les récupérer au plus vite. 
Les Barbaresques aussi, furent rapidement auréolés d'un certain romantisme. Ils attirèrent les individus recherchés pour crime en Europe, mais aussi nombre de simples marins (leur hiérarchie était bien plus égalitaire que sur les navires occidentaux et le partage du butin, bien plus avantageux). Ces gens-là se convertirent à l'Islam et furent appelés "renegades" (non, le terme ne vient pas des Amériques). Enfin, il semblent qu'ils aient été très tolérant vis-à-vis de l'homosexualité. Et il y eux même quelques femmes-pirates barbaresques (Sayyida al Hurra). 
Bref, à coté, les pirates des Caraïbes, c'étaient des amateurs. Un tel profil de pirates-businessmen/women, tombait pile-poil dans ma cité de Jarta et son obsession de l'argent: les pirates stésiens habitent l'île d'Astès depuis plus de 500 ans et personne n'a encore réussi à les en déloger. 
S'ils sont totalement oubliés de nos jours, à leur époque, les Barbaresques furent les méchants dans une flopée de romans populaires et même des opéras (l'Enlèvement au Sérail de Mozart). De quoi écrire des douzaines d'histoires, non? 

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