Les Clichés cachés: le mage/sorcier, première partie

Je comptais parler de plusieurs personnages, mais au fur et à mesure que j’écrivais, je me suis rendue compte que les mages en fantasy méritaient un chapitre, voire trois, à eux tous seuls. Je parlerai ici du mage "gentil", bien que beaucoup de choses s'appliquent aussi au mage « méchant ». C’est le perso le plus difficile à réussir car de par sa fonction, il nécessite une personnalité complexe. Il possède un énorme potentiel, rarement exploité.

Avant de vous lancer dans la fabrication d’un mage, vous devez d’abord définir clairement la façon dont la magie fonctionne dans votre univers, car cela conditionnera beaucoup de chose en ce qui concerne sa personnalité.

 

A- Les différents types de mage

 

La plupart appartiennent à l’un des deux modèles :

1- L’individu placé hors de la société: soit le marginal rejeté, soit, au mieux, un homme vivant à part et venant en « visiteur ». C’est l'image classique du vieux à la longue chevelure et à la barbe blanche, façon Gandalf (s’il est méchant, il peut se permettre d’être chauve et glabre, voire venir d’un pays exotique). Il est célibataire sans enfants, ni petits-enfants et semble très heureux de vivre en sa propre compagnie. S’il est bienveillant, ce mage est généralement un personnage secondaire qui aide le héros, bien que ses motivations ne soient pas toujours claires.

Remarque : les motivations des mages méchants ne sont pas toujours claires non plus, cf l’article sur les méchants ici http://merveilles1.over-blog.com/comment-faire-un-méchant-non-stéréotypé . De plus, si votre mage méchant est réellement intelligent, il doit réaliser qu’il va non seulement se retrouver confronté au gentil chevalier, mais a son copain mage. Et si le méchant est toujours intelligent, il doit savoir que le copain mage n’est pas un manche en sorcellerie. La preuve: il finit par gagner.

Question : quel genre d’individu serait heureux de vivre en marginal, sans famille et aider bénévolement un héros dans sa quête ? Qu’est-ce qui l’a poussé à ce choix de carrière ? Si vous voulez avoir un mage crédible, il va falloir répondre…

2- L’autre modèle est un individu socialement intégré, apprenti ou mage débutant, qui est souvent le héros lui-même, façon Harry Potter. Cela a non seulement des implications sur le mode de fonctionnement de la magie, mais aussi sur celui de la société que vous allez inventer. Combien y-a-t-il de sorciers/mages par rapport à la population générale ? Quel est leur rôle ? Est-ce un corps de métier courant, comme par exemple, les forgerons au Moyen-Age ou une élite rare ? Font-ils partie de la classe dirigeante ? Si la réponse à cette question est « non », on peut raisonnablement prédire que ce sera un métier très réglementé. Aucune société durable ne vous laissera faire des expériences d’alchimie potentiellement explosives ou conjurer des démons au beau milieu d’une zone habitée. Vous devrez passer des examens pour prouver que vous êtes minimalement compétent (il parait que même les druides en avaient), prouver que vous avez une bonne moralité, soumettre votre lieu de travail à des inspections régulières, voire… payer une taxe professionnelle. Là, c'est sûr, le job n’a plus rien de glamour.

Et ce n’est que le début. Il y a d’autres questions : quel est le revenu moyen d’un mage par rapport au reste de la population ? Comment combinent-ils famille et travail ? Etc…

 

Enfin, si le mage est de sexe féminin, elle se spécialise le plus souvent dans deux activités : la voyance et la guérison qui méritent un chapitre à eux tous seuls.

 

Pour ceux qui ont du mal à imaginer un mage en train de se plier à des contraintes aussi triviales, je répondrais que les sorciers traditionnels, dans les sociétés où il y en avait, devaient généralement passer par des années d'apprentissage (entre 5 et 10, bien souvent), se plier à toute une série de rituels quotidiens et surtout de tabous jusqu'à la fin de leurs jours. Non, en vrai comme en fantasy, sorcier, c'est un job où on ne rigole pas souvent.

B- Comment en sont-ils arrivés là ?

Il y a grossièrement trois façons de devenir mage, en fantasy :

- Avoir un don spécial

- Parvenir à maitriser son art après des études longues et ardues

- Les deux à la fois

Le don, obtenu à la naissance, qui est sensé vous éviter de donner trop d’explications sur la magie et les études est en fait une façon d’affaiblir considérablement la crédibilité de votre personnage: imaginez que vous ayez un don, genre, vous avez l’oreille musicale. Allez-vous forcément devenir musicien ou compositeur ? Peut-être que vos goûts personnels et l’ambition de votre famille vous poussent vers tout autre chose ? Alors pourquoi tous les individus de fantasy avec un "don" finissent-ils mage, comme Pug ? Les a-t-on prévenus au départ que c'était un job difficile et dangereux?

De plus, les mages sont généralement définis comme ayant un "caractère fort" (un autre cliché, mais c'est pour une autre fois). Alors, avec un tel caractère, accepterez-vous qu’on vous impose un choix de carrière quel qu’il soit ?

L'autre problème en fantasy est que ce don semble toujours échoir à un individu intelligent. Or, pour reprendre mon exemple de la vie réelle, un imbécile (quel que soit le sens que vous donniez à ce mot) peut parfaitement avoir l'oreille musicale. Alors existe-t'il des mages désespérément stupides? Je dirais oui, mais pas volontairement crées comme tels par leur auteur...

Et surtout, ce n’est pas tout d’avoir un don. Il faut généralement le combiner avec plusieurs autres pour avoir des résultats. Et même avec la bonne combinaison, il faudra trimer comme un fou pour apprendre son métier (demandez-donc à un musicien professionnel), donc renoncer à de nombreuses soirées entre copains. Quel genre d’individu acceptera une telle contrainte dès son jeune âge ? Oui, vous avez deviné: un qui ne rigole pas. Peut-être littéralement. Au mieux, il risque d’être un accro du boulot. Au pire, il sera franchement tordu.

Moralité: evitez les dons de naissance. Si vous voulez mettre un don, faites en sorte qu'ils soit obtenu d'une divinité ou autre instance supérieure.

 


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