Petit test pour savoir si vous avez écrit un roman de fantasy ou une romance: les réponses

Comptez deux points si vous avez coché les réponses suivantes:

1C, 2C, 3C, 4A, 5E, 6D, 7C, 8B, 9B, 10E, 11E, 12C, 13C, 14C, 15D, 16C, 16D, 17C, 18C, 19C, 20D, 21A, 21D, 22B, 22D, 23 D, 23E, 24D, 25C 25D

Comptez un point si vous avez coché les réponses suivantes:

1D, 2D, 4E, 5D, 6B, 8C, 8E, 9C, 10D, 11D, 13D, 13E, 14D, 14E, 15C, 16E, 17E, 18D, 19B, 20B, 20C, 23 C, 24A

Réponse:

Vous avez plus de 30 points: vous avez écrit une romance accumulant près des 2/3 ou plus des poncifs du genre. La fantasy est surtout un élément de décor. Parfait si c'était votre but. Sinon, soit vous assumez, soit revoyiez toute votre intrigue et votre caractérisation. Peut-être devriez-vous lire des romans d'un autre genre pour ne pas être aussi influencé(e).

Remarque: Twilight coterait 30 points. C'est une romance pour ados, où l'auteur a évité les références trop explicites au sexe.

De 20 à 30 points. Vous avez écrit une romance pour ados (genre The Selection de Kiera Kass) ou bien votre ouvrage est fortement inspiré par la romance. Peut-être même hésitez-vous entre romance et non-romance en rédigeant votre œuvre. D'une part, celà peut poser problème lors du choix d'un éditeur. D'autre part, àmha (mis c'est mon humble avis), l'élément de romance va fortement affaiblir les autres aspects de votre récit, car le lecteur va s'attendre à retrouver certaines situations. Il ne s'intéressera pas autant à votre univers, aux méchants, à la psychologie de vos persos... Bref, vous devez peut-être choisir franchement si vous voulez écrire une romance ou de la fantasy.

Je répète que toute histoire d'amour n'est pas de la romance (demandez à Harlequin). Vous pouvez parfaitement en inclure une dans votre histoire, mais sans les clichés du genre.

De 10 à 20 points. Votre ouvrage ne passerait pas pour de la romance, mais il contient encore nombre de clichés! Les avez-vous mis là volontairement ou par distraction?

Moins de 10 points. Ce n'est définitivement pas de la romance, ou alors, vous inventez un nouveau genre de romance! Ce n'est pas impossible: nombre de romances gays ne comportent aucune des caractéristiques que j'ai listés dans ce questionnaire!

Commentaires:

Les situations que j'ai décrites dans ce test sont des tropes dont la plupart (pas toutes!) n'ont rien de particulier en soi. C'est leur accumulation dans un même récit qui en fait des clichés de romance.

Pour les garçons, si vous voulez savoir à quoi ressemble une romance classique, lisez 50 Shades of Gray. Oui, c'est soporifique, mais en dehors des scènes X, c'est un catalogue presque exhaustif des tropes de romance les plus fréquentes.

On répète régulièrement que les romances se sont modernisées et ont abandonné leurs clichés. Rien n'est moins sûr. D'abord parce que depuis 50 Shades of Gray, on a une déferlante de bon vieux bodice rippers des années 80 à la sauce moderne, Ensuite, si la forme a changé, le fond est toujours le même. Il y a 40 ans, l'héroïne ne travaillait pas. De nos jours, elle a généralement un job peu qualifié et mal payé. Au mieux, elle est étudiante (en quoi?). Dans nombre de romances US elle est carrément au chômage et prête à prendre n'importe quel boulot (devinez lequel?). Elle est toujours bourrée de complexes et s'habille comme un sac à patates (toujours 50 Shades). Le prince charmant est toujours plus âgé (beaucoup plus âgé, s'il est un vampire!), plus riche, plus instruit et plus expérimenté que l'héroïne (voire carrément plus intelligent la plupart du temps...). Il va règler ses problèmes en un tour de main, sans qu'elle fasse le moindre effort. Et surtout, avec 50 Shades, c'est le grand retour des héroïnes virginales! Un exemple tout récent ici.

1 C : normal, la carrière d'une héroïne de romance, c'est d'épouser le prince charmant! Cette trope n'a pas changé depuis l'apparition des romances "modernes", à la fin du 19ème siècle. Même dans des histoires aussi récentes que Twilight ou Chasseuse de la nuit où les héroïnes sont respectivement lycéenne et étudiante, on ne mentionne pas une seule fois leur aspirations professionnelles.

D: typiquement, ce que l'héroïne ne veut pas, c'est épouser l'homme qu'on lui a choisi. Attention, il peut s'avèrer être le prince charmant dans la suite du récit.

Attention: après un tel début, vous aurez du mal à faire croire au lecteur que votre héroïne a un caractère bien affirmé.

2C: l'héroïne pure et virginale est si obsédée par son aspect pur et virginal qu'elle en oublie tout le reste. D'ailleurs, elle s'habille comme un sac à patates (50 Shades of Gray). Une autre trope qui vient du 19ème où l'héroïne se doit d'être virginale, modeste et surtout ne pas trancher par son apparence.

D: Malgré celà, elle passe aussi beaucoup de temps à se comparer aux autres femmes qui ont l'air sexy. Elle ne profite pas de la reception. Mais une femme du 19ème ne devait pas s'amuser. C'était tout à fait vulgaire!

3C: Je crois que la première à utiliser cette trope fut Jayne Ann Krentz/Amanda Quick dans Midnight Jewels (1987, gros succès aux US, jamais traduit en français) pour introduire une "tension sexuelle" et du suspense dans son histoire. Cette scène peut se combiner avec 8B. Une variante se retrouve dans 50 Shades of Gray.

Attention: après une scène pareille, vous aurez beaucoup de mal à caractèriser votre héroïne comme une fille intelligente

4A: Il drague tout ce qui bouge, ça permet d'insister sur l'aspect sexuel du héros. Une variante moderne bien sur est qu'il a des gouts sexuels sortant de l'ordinaire, genre sadomaso (encore 50 Shades) ou club échangiste.

E évite de trop caractériser le héros et il y a encore l'idée qu'un homme, un vrai, ça n'a pas de hobby en dehors de se battre pour être le chef! Cependant, cette trope n'est pas spécifique à la romance

5DE: pas de surprise, le prince charmant est plus riche que l'héroïne, et généralement de beaucoup. cf. encore 50 Shades

6 BD: La première rencontre entre l'héroïne et le prince charmant montre souvent un antagonisme, pas toujours justifié par le récit. Mais ça leur permet de se détester jusqu'à la dernière page.

7 B: Trope datant aussi du 19ème, d'autant plus facile que le prince charmant est beacoup plus riche que l'héroïne/de noble naissance, s'habille correctement, parle avec autorité etc...

8 B, E tropes découlant de 4A qu'on retrouve dans 50 Shades

C: trope symètrique de 7B

Vous noterez que dans tous les cas, l'attitude du prince charmant est l'agression, comme dans 3C

9B ben oui, l'héroïne est virginale et ne couchera jamais qu'avec le prince charmant, même si elle a largement dépassé l'âge statistique du premier rapport dans les pays occidentaux (cf encore 50 Shades). Elle ne connait ni les règles, ni la contraception. Pas de problèmes si votre heroine est une ado ou que vous êtes dans une société moyenâgeuse ou steampunk. Si c'est une vampire vieille de 500 ans, on se pose des questions, tout de même...

Lorsque l'histoire se passe dans notre monde moderne, les auteures ont recours à des explications alambiquées. La plus fréquente actuellement aux US est de dire que l'héroïne a été traumatisée par un viol dans son enfance! Seulement après, on se demande comment elle fait pour finir au lit en moins d'une semaine avec un type agressif qui drague tout ce qui bouge! Le miracle de l'amour est un peu tiré par les cheveux!

C typiquement l'héroïne a eu une relation malheureuse et en est restée là.

Si vous tenez absolument à une héroïne moderne virginale (pourquoi, d'ailleurs?) faites en sorte que ce soit vraisemblable en fonction de son âge et qu'elle ait au moins envisagé la question!

10 D Pas de surprise, votre héros, lui, c'est Casanova, avec de plus en plus souvent un penchant pour le sadomaso, 50 Shades oblige!

11 E: jusqu'aux à la fin des années 80, le héros avait typiquement 10 à 15 ans de plus que l'héroïne. Après la différence d'âge s'est un peu réduite, d'autant plus que les héroïnes modernes ont plutôt la trentaine. Cependant, elle est réapparue dans nombres de romans YA: le prince charmant est un vampire vieux de quelques siècles, cette fois!

12 C: curieusement, nombre d'auteures de romance semblent croire que la fréquentation de prostituées donne l'expérience nécessaire pour conduire une femme, vierge de surcroît, au 7ème Ciel. Pourtant le job des prostituées, c'est pas les cours de technique sexuelle...

13- 14: En romance, si l'héroïne s'engueule avec une autre femme, c'est typiquement une rivale qui convoite le prince charmant (cf le test de Bechdel) et bien sûr, si elles se reprochent quelque chose, c'est leurs comportements sexuels respectifs.

15: trope apparue dans les années 80. L'héroïne se fait agresser et est sauvée par le prince charmant.

Attention: si votre prince charmant sauve votre héroïne plus d'une fois dans l'histoire, vous aurez du mal à faire croire à votre lectorat qu'elle est une femme forte, débrouillarde ou même intelligente.

16CDE: la demoiselle en détresse agressée par un homme/dragon/monstre etc... est une trope qui remonte à la nuit des temps. Ce qui fait sa particularité en romance, c'est que l'héroïne est tellement innocente et virginale qu'elle ne réalise même pas la dangerosité de sa situation. OK si vous êtes dans un 19ème steampunk et corseté. Sinon, vous nagez dans la romance.

Cette trope peut avoir deux conclusions:

- Le prince charmant arrive à la rescousse et délivre la demoiselle en détresse

- Le prince charmant est l'agresseur: cette trope fut utilisée pour la première fois par Kathleen Woodiwiss en 1972 dans Quand l'ouragan s'apaise. Après quoi, les deux protagonistes continuent à avoir des relations compliquées jusqu'au happy end final

17: permet de savoir si votre histoire est focalisée sur la quête de l'héroïne ou sa relation amoureuse.

18: situation voisine de 2, 13 et 14, destinée à insister sur la virginité de l'héroïne en l'opposant à une supposée "pute" (les gens qui travaillent vraiment dans les bars et cafés apprécieront). On retrouve aussi cette scène dans nombre de romans où le héros est un garçon. Dans ce cas, il passe habituellement la nuit dans les bras de la serveuse ou alors, elle le prévient d'un danger.

Bref, avez-vous besoin d'insister à ce point sur la pureté de l'héroïne? Ou alors, vous craignez que le lecteur n'ait pas compris?

Si vous voulez absolument utiliser cette scène, faites en sorte qu'elle serve à quelque chose, genre la serveuse donne une information importante aux voyageurs.

19: typiquement dans les romances, même les séries, les héros n'ont ni d'évolution psychologique, ni d'evolution dans leur relation

20: même si l'héroïne d'une romance parle et agit beaucoup, elle dirige rarement l'intrigue. Comme en plus, elle sait rarement ce qu'elle veut, elle apparaît comme un personnage passif.

21, 22: comme je l'ai déjà dit ailleurs les romances modernes se caractérisent par la fusion entre les persos du prince charmant, du mentor et du méchant. Un peu comme si vous mélangiez Dumbledore, Voldemort et Ginny dans Harry Potter. Encore une fois, cette structure se retrouve dans 50 Shades.

23 CDE: Si c'est le prince charmant qui sauve la situation à chaque fois, pourquoi ne pas écrire le roman de son PDV?

24 D: Bien sûr, cela permet d'introduire une scène suggestive entre l'héroïne et le prince charmant. Elle peut suivre les situations 15, 16 et 24.

Elle est parfaitement vraisemblable dans un univers moyenâgeux ou même steampunk, sans médecine moderne. Mais dans une ville moderne, la réaction d'un individu minimalement intelligent face à un blessé, serait d'appeler une ambulance, non?

25 C et D: situation voisine de 15 et 16. L'héroïne se place par inconscience (d'autres diront par stupidité) dans une situation dangereuse. Cela montre une fois de plus a quel point elle est innocente! Elle sera agressée et sauvée par le prince charmant.

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Commentaires : 8
  • #1

    Miak (dimanche, 18 décembre 2016 13:00)

    Test sympa, voire amusant car j'avais déjà remarqué ces tendances. Juste, il y a quand même une tendance dans l'Urban à mettre des héroïnes fortes, intelligentes et indépendante mais comme ce test joue sur les clichés... C'est pas grave :P
    Juste... J'ai répondu 25C parce que je trouvais que la E montrait trop qu'une femme pouvait/devait se méfier d'un endroit particulier avant d'y aller. Pour moi la 25C montre juste qu'elle possède de l'assurance, et qu'elle sait se battre si besoin, et donc qu'elle ne craint pas de se mettre en danger sans pour autant faire preuve d'inconscience ou d'attendre que son prince la sauve. Mais je pense que c'est aussi une question de point de vue et d'interprétation de ces tropes.
    Ceci étant dit... J'ai eu 5 points, je pense que je m'en sors bien.
    Merci pour ce test en tout cas!

  • #2

    Alex Evans (dimanche, 18 décembre 2016 16:40)

    Merci de votre intérêt.

    Pour la question 25, je pense que même un personnage masculin se poserait un minimum de questions avant de passer par un endroit mal famé, à moins d'être le badass qui tire plus vite que son ombre!

    Et bravo pour n'avoir que 5 points pour votre histoire, je la lirai avec plaisir!

  • #3

    aa (mercredi, 21 décembre 2016)

    Énorme ! Ce que j'ai ri !
    Manque juste la scène où le prince charmant badass se rend compte que la petite niaise est en fait une superbe femme : dans sa belle robe de cocktail/ enrubannée de son essuie de bain pour enfant après la douche / quand il la voit se déshabillé "par hasard"/ ...

  • #4

    Alex Evans (mercredi, 21 décembre 2016 18:50)

    Je suis contente que ça vous ait plus. Je n'ai peut-être pas lu suffisamment de ce genre de roman pour avoir repéré tous les poncifs!

  • #5

    Lofarr (jeudi, 22 décembre 2016 08:25)

    Bonjour Alex,

    Encore un très bon article, je les commente rarement, mais je les lis tous.

    Je n'ai qu'un point et pourtant j'écris du Youg adulte et le bouquin contient un peu de romance. C'est bon signe ou je dois m'inquiéter? ;)

    Ceci dit, le test ne fonctionne pas parfaitement avec des perso qui ont 15 ans. Par exemple, ils n'ont pas de plan de carrière, c'est le contraire qui serait surprenant.

  • #6

    Alex Evans (jeudi, 22 décembre 2016 21:24)

    Et ben, tu lis tous mes articles???

    Pour en revenir à l'âge des persos, c'est précisément à cet âge qu'on commence à se poser des questions, pas type plan de carrière, mais type orientation: après tout, à 15 ans, en France, on est en seconde, donc on doit avoir une idée de la section à choisir.

  • #7

    Lofarr (samedi, 24 décembre 2016 08:52)

    Je n’ai pas fini tout dépiler, mais oui j’ai lu la plupart de tes articles et pour certain plusieurs fois. Je ne dis pas que je suis toujours d’accord avec toutes les idées qu’ils contiennent, mais c’est peut-être en ça qu’ils me plaisent, ils poussent à la réflexion.
    Et c’est là où je vais te faire plaisir (ou te faire peur), si certains de tes articles m’ont conforté dans mes choix, d’autres m’ont poussé à modifier des passages dans mes textes : supprimer des clichés, rajouter du contexte, etc.

    Pour en revenir à mes ados, ils sont en début de seconde, et ne se posent pas encore de question sur leur type d’orientation. Ils pensent pouvoir quitter la terre d’ici quelques mois, cela rend donc ce choix d’orientation inutile. C’est justement là où je dois faire attention, le fait qu’ils pensent pouvoir quitter la terre DOIT avoir une incidence sur leurs façons d’appréhender le lycée. Il me semble que tu avais d’ailleurs écrit quelque chose là-dessus : du danger de bricoler un univers, coller des personnages dedans et oublier de faire réagir les personnages de manière cohérente dans cet univers.

  • #8

    Alex Evans (mercredi, 28 décembre 2016 22:07)

    C'est une histoire bien originale, alors!
    J'espère qu'on pourra la lire bientôt!