Les Clichés cachés: urban fantasy

On pourrait croire qu'avec une intrigue qui se passe dans le monde moderne, on éviterait nombre de clichés traditionnels. Et ben, il n'en est rien. Si les premiers textes, comme ceux de Laurell Hamilton ou Jim Butcher étaient très inventifs, ils ont vite été noyés dans une masse de romans beaucoup plus conformistes.

 

 

 

Beaucoup de récits partent de l'idée que des créatures magiques vivent cachées parmi nous. Question: pourquoi vivent-elles cachées? Si vous vous referez aux contes populaires, tout le monde sait dans le village, que dans cette  forêt, au fond à droite, habite l'ogre ou la sorcière du coin. Les marâtres y envoient régulièrement leurs belles-filles sous des prétextes divers. Tout le monde sait aussi qu'un dragon crèche au sommet de la montagne et a l'habitude de venir se chercher un casse croute chaque soir entre cinq et sept heures.  Alors comment a-t-on oublié la réalité de leur existence et à quelle époque, au juste? Pourquoi aucun musée n'a-il gardé une collection de vraies dents de dragons ou de vraies cornes de licornes? Pourquoi n'en trouve-t-on que des pâles imitations? Je serais tentée de répondre: parce que la plupart des auteurs d'urban fan son américains et n'ont pas la culture des musées avec des objets vraiment anciens et européens.

 

Cela m'amène bien sur à la question suivante: pourquoi des créatures du folklore européen se sont-elles retrouvées aux US? Et où sont passées les créatures autochtones? Ont-elles été massacrées comme les Indiens?  

 

Donc pourquoi en 2016, des êtres magiques aussi puissants que des vampires, voire des dragons se cachent-ils? Certes, vous pourriez trouver de bonnes raisons: si un chevalier en armure ne fait pas le poids contre un dragon, un missile SCUD pourrait le pulvériser sans problème. Encore faudrait-il le préciser. Du coup, vous feriez des dragons les nouveaux clandestins de la société, comme dans True Blood, ou une espèce en danger d'extinction, bref, une intrigue autrement plus intéressante que celle des romans d'urban fan habituels. Mais alors: dans un monde de CCTV, satellites, facebook et fichage généralisé, comment font ces créatures pour échapper à toute détection, tout en interagissant régulièrement avec les humains? D'ailleurs, n'ont-elles pas elle-mêmes des groupes facebook, des forums de discussion, voire… des sites de rencontre?

 

Ensuite, ces histoires se déroulent généralement dans un périmètre restreint, comme si le reste du monde n'existait pas. Y a-t-il par exemple des vampires en Chine? Si la réponse est "non", pourquoi? Pourquoi le territoire des créatures magiques se superpose-t-il à celui des hommes? Peu de récits se préoccupent vraiment de savoir ce que mange un vampire et comment. Par exemple, pourquoi se nourrit-il exclusivement de sang humain? En effet, les vrais vampires du folklore étaient beaucoup moins exclusifs dans leur alimentation: ils mangeaient aussi le bétail ou le sang du bétail.

 

Enfin, pourquoi ces créatures magiques hautement intelligentes ont-elles une organisation sociale sortie du fond des âges: féodalisme (chez les vampires), royauté (chez les fae), voire gang façon mafia (chez les loup-garous), formant un Etat dans l'Etat. En ces temps de crise de la démocratie, ça devrait interpeller le lecteur, non? Pourquoi les vampires et les loups-garous ne pourraient-ils pas voter, comme tout le monde, y compris pour élire leur chef local? D'ailleurs, un vampire vieux de quelques siècles pourrait en dire beaucoup sur l'Histoire et les différents types de régimes politiques justement. Il devrait être harcelé par les historiens et les journalistes et encouragé à écrire ses mémoires, comme dans Entretiens avec un vampire. Et en plus, il y aura certainement plein d'individus prêts à payer très cher pour devenir vampire pour gagner l'immortalité. Bref, peu d'auteurs exploitent réellement le potentiel qu'offre la situation, racontant à la place des romances mièvres qui n'améliorent pas la réputation des littératures de l'imaginaire.

 

Quant aux loup-garous, aucun auteur ne semble savoir qu'une vraie meute de loups est composée d'un père, d'une mère et de leurs enfants. Sans femelle, il n'y a simplement pas de meute. La femelle a au moins autant de poids que le mâle dans les différentes décisions et bien sûr, il n'y a pas plus de femelle prédestinée à un mâle que chez les humains. Perso, j'imaginerai volontiers un couple de quadras ou de quinquas quelque peu dépassés par leur nombreuse progéniture!

 

Enfin, pensez-vous vraiment que ces êtres de magie n'auraient jamais interféré avec l'histoire humaine? Certes, le SS vampire est presqu'un cliché, mais que penserait un dragon si on s'amusait à percer un tunnel dans sa montagne? Ou une fée si on coupait les arbres de sa forêt?

 

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Commentaires : 3
  • #1

    Steifany (mercredi, 25 janvier 2017 19:33)

    Bonjour,

    Je visn de vous découvrir sur le site ActuSf, je trouve votre univers très intéressant et captivant surtout le prochain libre Sorcières associées.
    J'ai aimé lire cotre article ci-dessus. Mais je ne suis pas totalement d'accord. Les auteurs Larissa Ione, ou encore Singh Nalini, ont des univers très particuliers, où certes ils se cachent des humains pour Larissa Ione dans Demonnica, mais les démons ont une vie à part entière. C'est un monde où la vie quotidienne existe, c'est ce qui est très intéressant (faut bien sûr aller au-delà de l'aspect Harlequin). Et pour Nalini Singh, les humains, vampires et anges se côtoient chaque jour dans un monde régit par d'autre règles ! Idem pour Psi Changelling.Ce sont d'ailleurs deux univers très intéressant qui redéfinissent les codes et mettent en place une civilisation !! Je vous les conseille (par contre faut s'accrocher parfois, car c'est très Harlequin ...). Je vous remercie pour votre travail. Bon courage. Bonne et heureuse année.

  • #2

    Alex Evans (mercredi, 25 janvier 2017 22:03)

    Bonsoir et merci de votre intérêt. J'aurais tendance à dire que ce que vous avez écrit va justement dans le sens de l'article: vous citez deux auteurs parmi des centaines! Je ne connais pas Larissa Ione, mais j'ai lu Nalini Singh et j'avoue justement avoir eu beaucoup de mal à dépasser le coté Harlequin.

    Il y a des auteurs qui ont écrit des romans où il y a plus d'équilibre entre romance, aventure, univers et même un certain degré de réflexion, mais malheureusement leurs livres ont soit déjà un certain âge, comme les Anita Blake (début en 1993 avant la généralisation d'Internet etc...), soit non traduits en Français, comme la série The "Innkeeper" d'Ilona Andrews. J'aime particulièrement cette série qui mélange Urban Fantasy et Science-Fiction en plus d'emprunter de nombreux éléments au folklore sans faire carton-pâte. Et ses clins d'oeuil au monde moderne (des vampires opposés à la pollution!) sont bien choisis.

  • #3

    Steifany (jeudi, 26 janvier 2017 13:32)

    Bonjour,
    Merci pour les références, je vais aller me pencher dessus !
    Bonne journée