Comment sublimer les clichés

 

Si les persos clichés jalonnent la SFF, il ne faut souvent pas grand-chose pour le faire oublier ou les transformer en quelque chose de si original, que votre lecteur ne réalisera même pas qu’il s’agit d’un cliché éculé. Les techniques sont pourtant simples. Il en existe au moins trois:

 

- donner à votre personnage un caractère tridimensionnel et ne pas se contenter de l’utiliser comme un meuble.

 

- pousser votre perso cliché jusqu’au bout de sa logique et imaginer ce qui lui arriverait dans la vraie vie.

 

- lui imaginer une particularité en complète contradiction avec la nature de son cliché.

 

 

 

Trois exemples :

 

 

1- La Marie Sue

 

 

 

Définition Wikipedia : Mary-Sue est un nom péjoratif donné à un personnage de fiction trop parfait, très souvent la projection de l'auteur même dans un univers fictif.

 

…Le concept de "Mary-Sue" étant de part sa nature (un personnage trop parfait) ouvert à l'interprétation, une définition claire du concept est difficile. On peut cependant noter certaines caractéristiques principales d'une Mary Sue, qui sont :

 

...

  • d'avoir un sens moral ou une pureté hors-norme pour l'univers fictif ;

  • d'avoir des compétences lui permettant de tout réussir (et même s'il rate ce qu'il voulait faire, cela s'avère en fin de compte positif) ;

  • d'avoir toujours raison ;

  • de gagner l'admiration des personnages principaux de l'univers fictif (ce qui remplit le besoin de validation de l'auteur) ;

  • d'avoir un destin grandiose et éventuellement une fin épique.

 

Question : avez-vous déjà rencontré un personne intellectuellement brillante jolie, populaire et qui avait presque toujours raison dans la vraie vie ? Comment était-elle ? Qu’en pensiez-vous ? Si c'était un collègue de travail, était-il sur d'obtenir cette promotion ou cette augmentation, alors que vous stagniez sur l'échelle des carrières? Le détestiez-vous ou ressentiez-vous de la jalousie à son égard ? Intéressant, non ?

 

C'est d’autant plus intéressant si vous remarquez que les Mary Sue filles se remarquent beaucoup plus que les Mary-Sue garçon. Ben oui, un perso féminin intellectuellement brillant, ça fait désordre ! Par exemple, le Dr Who en Marie-Sue passe parfaitement. Par contre, nombre de ses comparses féminins ont été critiquées pour être trop bien ! Une brillante exploitation du personnage de Mary-Sue est Hermione dans Harry Potter: en plus d’être une fille, c’est une moldue. Elle ne laisse pas indifférent et le sait !

 

Quel est le caractère de votre Mary-Sue ? Social ? Solitaire ? Qu’est-ce qui fait qu’il est parfait ? Un don naturel ou un travail acharné ? Est-il dépendant de l’opinion de son entourage ? Quelle est sa réaction face à un problème qu’il ne peut pas résoudre du premier coup ? Frustration ? Découragement ? Ténacité ? Et que se cache sous sa perfection ? Un manque de confiance en soi ? Un besoin de plaire ?

 

Quelles sont les interactions de votre Mary-Sue avec son entourage ? Est-il/elle victime de jalousie ? D'incompréhension, car il voit « trop » loin comme Da Vinci ou Einstein ? Ou alors, est-il méprisé car il appartient à la mauvaise case sociale ? A-t-il la tête enflée à force d'entendre des compliments ? Tout le monde compte sur lui/elle pour résoudre le moindre problème et n'en a-t-il pas un peu assez d'être appelé dès qu'il s'agit de changer une ampoule ? Votre Marie-Sue est-il/elle un(e) idéaliste qui veut sincèrement résoudre le problème de la faim dans le monde, du réchauffement global et de la pollution des mers ?

 

Collez lui de vrais problèmes qui vont mettre ses capacités à rude épreuve. Il/elle est élue non pas à cause d’une prophétie, mais parce qu’il/elle est jugé être le/la plus compétent(e) pour le job. Flatteur, mais inconfortable !

 

 

 

2- Les persos qui se détestent mais finissent par tomber amoureux. Le problème est :

 

 

- l’auteur leur donne une raison idiote de se détester, les faisant apparaitre comme des individus immatures, malgré tous ses efforts à prouver le contraire. Ou au contraire, il leur donne une excellente raison de se détester et a beaucoup de mal à expliquer leur revirement.

 

- dans la vie, le cheminement psychologique allant de « je te déteste » à « je t’aime » prend du temps. C’est particulièrement vrai si vous écrivez sur deux persos faisant partie de deux camps opposés lors d’une guerre atroce. Sérieusement, vous imaginez beaucoup de juifs capables de tomber amoureux d’un(e) nazi(e) et vice versa ou même d’envisager une telle possibilité dans les années 40 ?

 

- Les plus gros efforts d’adaptation sont habituellement effectués par le partenaire féminin « oui, il est odieux, mais il a été traumatisé, il faut le comprendre, avec beaucoup d’amour de ma part, il ira mieux et sera gentil… »

 

Bref, si vous tenez vraiment à avoir ce genre de situation dans votre roman, non seulement vous allez devoir sérieusement réfléchir à l’évolution psychologique de vos persos, voire modifier sérieusement leur caractère, mais aussi leur donner le temps d’avoir cette évolution : compter non pas en semaines, mais en mois ou années. Certes, si vous avez à affronter un danger commun, vous allez vous rapprocher, voire même avoir des relations  sexuelles, et même développer une certaine sympathie à long terme, mais l'Amour avec un grand A?

 

Cela m’amène au cliché suivant :

 

 

3- L’amour est un sentiment vague et mystique qui tombe sans raison et résout tous les problèmes

 

 

Contrairement à ce que vous pourriez penser, c’est un cliché propre au 20ème siècle. Avant, l’amour en littérature, avait plutôt tendance à vous en apporter, des problèmes. Pensez à Tristan et Iseult, Diarmaid et Grainne, Lancelot et Guenièvre, la Traviata, la Dame aux Camélias, Roméo et Juliette, Paul et Virginie ou la Princesse de Clèves…

 

Outre que l’amour ne paye pas les factures, ne vous procure pas un job et ne guérit pas les rhumes, cohabiter avec une autre personne, ses habitudes, ses goûts, sa famille, ses amis, ses horaires de travail, son chien etc… demande au minimum un effort d’adaptation, donc vous apporte des problèmes, même si vous les acceptez.

 

Mais vous êtes un romantique: vous voulez quand même une histoire d’amour dans votre roman. C’est simple : « Show, don’t tell ». Montrez les personnages avoir de l’intérêt l’un pour l’autre et pas seulement pour leur plastique parfaite. Montrez ce qui les attire dans le caractère de l’autre et pas seulement leur plastique parfaite (bis). Peuvent-ils accepter les imperfections de l’autre ? Quoi, « mes héros n’ont pas d’imperfections » ? Même si votre histoire commence par un coup de foudre, parce que vos héros ont une plastique parfaite, ils vont devoir quand même avoir à faire des ajustements comme n'importe quel couple.

 

https://www.romansdefantasy.com/2017/05/12/sublimer-les-clich%C3%A9s/

Écrire commentaire

Commentaires : 0