La violence au féminin en fantasy

La violence est un vaste sujet mais qui est omniprésent en fantasy. Rares sont les romans où il n'en est pas question et en ce moment, j'ai l'impression qu'on est un peu dans la surenchère, pas tant dans les scènes de combat que dans les scènes de torture, qui, àmha, sont techniquement bien plus faciles à écrire: dans un combat, vous avez à chorégraphier plusieurs protagonistes. Dans une torture, vous en avez un qui est immobilisé.

 

Comme je n'aime pas les clichés, avant de commencer à écrire mes romans, je me suis sérieusement demandé pourquoi un homme ferait de la confrontation physique sa profession, comme les sempiternels guerriers, assassins et mercenaires qu'on trouve en fantasy. Certes, il y a les traditions, l'éducation, le devoir de protéger sa patrie, ou simplement ne pas savoir faire autre chose, mais cela ne suffirait pas de faire de vous un guerrier exceptionnel, genre Conan le Barbare ou James Bond dans un autre style. Non, ce qui ferait de vous un guerrier sortant de l'ordinaire, c'est que non seulement vous êtes physiquement doué, mais en plus, vous aimez la violence. Ben oui, c'est comme dans n'importe quelle profession: pour être bon, il faut être doué, motivé et aimer le job. Enfant, Vous adoriez les cours de castagne. Vous étiez prêt à faire des heures sup à la récré. Adulte, Vous êtes toujours prêt à bosser gratos, "pour la gloire" ou "l'honneur" si ça promet d'être une bonne bagarre bien saignante. La devise: "Écraser ses ennemis, les voir mourir devant soi et entendre les lamentations de leurs femmes" est le vôtre.

Psychologiquement, vous êtes peut-être socialement bien intégré et apprécié de votre entourage: vous avez des copains, une famille, respectez la hiérarchie, ne cognez pas trop sur vos collègues. Peut-être même possédez-vous un code d'honneur qui vous interdit de martyriser les faibles ou torturer les prisonniers. Vous finissez peut-être votre carrière en chef de guerre charismatique adoré de ses soldats. Ou alors, vous êtes franchement sadique et amoral et ne vous posez jamais de limites. Vous appréciez la violence pour ce qu'elle est, en fin connaisseur (Deadpool) Dans les deux cas, vous aimez le rush d'adrénaline qu'elle vous amène.

 

À coté, si vous êtes une héroïne, même guerrière, vous devez toujours justifier votre violence. Vous êtes au service d'une bonne cause. Vous défendez les opprimés/votre pays/religion/famille. Vous vous vengez d'un méchant. Vous en voulez à tout le monde parce qu'on vous a fait du tort. À la rigueur, vous êtes violente pour gagner de l'argent. Mais à part des exceptions rarissimes (Monza Murcatto) vous n'êtes pas une vétérane expérimentée de nombreuses guerres. Vous êtes une petite jeune qui débute dans le métier. Surtout, vous n'appréciez pas la violence pour ce qu'elle est. Pas de violence spontanée. Jamais au grand jamais. Avant de taper sur quelqu'un, vous vous devez de faire une check-list mentale et attendre que l'agresseur attaque en premier, un mauvais plan, vous dira tout bagarreur professionnel. Les exceptions à cette règle éthique sont encore une fois rarissimes. Imaginez les heures d'entraînement que ces pauvres héroïnes se sont farcies à leur corps défendant alors qu'elles auraient préféré faire de la broderie! Pas surprenant qu'elles aient l'air de guerrières d'opérette. On dirait qu'elles ne rêvent que d'une chose: se retirer dans leur cuisine et faire des gâteaux.

 

Enfin, comme d'habitude, les héroïnes guerrières d'auteurs féminins sont bien moins crédibles que celles d'auteurs masculins. Paradoxalement, les héros guerriers d'auteurs féminins n'ont pas ce problème! Fantasmeraient-elles sur l'idée d'être un homme? Vaste débat, mais je ne serais pas surprise que ce soit l'une des raisons de l'explosion des romances M/M actuellement.

 

Si vous voulez un perso crédible, il faut lâcher les clichés et imaginer une vraie teigne, le genre qu'on ne trouve pas dans les rôles d'héroïne, mais dans les rôles de méchante. En effet, dans la vie réelle je ne crois pas une minute que les femmes soient naturellement plus douces que les hommes. Tout est une question d'occasion et de cadre social. La violence n'est socialement pas valorisante pour les femmes alors qu'elle l'est pour les hommes. Quelle mère a jamais dit à sa fille de gifler le petit con qui l'emmerde dans la cour de récré, même quand le con en question lui arrive à l'épaule?

 

En fait la violence chez les femmes est taboue, encore plus que le sexe. Si elle n'était pas sévèrement réprimée, je ne vous dis pas le nombre de mecs qui se seraient faits égorger dans leur sommeil, empoisonner au petit-dej', ou de harems en révolte où les concubines massacreraient leurs eunuques au lieu de se crêper le chignon. Ça explique peut-être pourquoi les Vikings ou même les Mongols étaient aussi polis avec leurs femmes.

 

Alors, comme pour tout ce qui était tabou, ça se faisait en douce: frapper plus faible que soi, enfant ou esclave, faire frapper quelqu'un par ses serviteurs, médire de quelqu'un au point de l'envoyer en prison…À l'époque moderne, comme au Moyen-âge, on peut se poser des questions sur l'engouement de certaines femmes pour les spectacles de sports de combat. Certes, il y a des champions beaux gosses, mais il n'y a pas que ça. 

 

Certains vont me faire remarquer que les femmes sont physiquement plus faibles. Déjà, il faudrait savoir de combien, j'en avais déjà parlé dans les "clichés cachés". Surtout, au 20ème siècle, nous avons un grand égaliseur: les armes à feu. Malgré cela, les guerrières de SF ou d'urban fantasy on beaucoup plus de mal à s'en servir que leur homologues masculins.

 

Alors comment écrire de la fantasy tout en restant respectueux des tabous? C'est simple. Les héroïnes ne doivent pas cogner sur les gens? Et les démons, c'est permis? Qu'à cela ne tienne, elles seront chasseuses de vampire, démons, zombies et pourront dégommer dés hordes de créatures, non humaines!

 

C'est ainsi que derrière Buffy, on a vu débouler une armée de tueuses de monstres, mais attention: jamais d'humains. Ouf! La décence est sauve.

 

 

 

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