Le Morcellement de la SFFF anglophone

Comme beaucoup de gens, j'ai profité du confinement pour lire et explorer les zones de lecture sur Internet. Si la SFFF francophone semble moribonde pour cause de Covid, l'anglophone semble avoir explosé pour la même raison. Mais elle montait déjà avant le Covid.
Pourquoi? 
Pas de mystère, les lecteurs anglophones sont beaucoup plus branchés sur la lecture numérique. Les webzines se sont multipliés comme des petits pains. Même les webzines établis ont mis beaucoup de nouvelles en ligne pour les lecteurs en manque. De plus, les rangs des lecteurs comme ceux des auteurs se gonflent de gens dont la langue maternelle n'est pas l'anglais, mais avides de lectures ou privés de débouchés pour leur prose. On trouve donc de plus en plus d'auteurs asiatiques et africains, parfois sous des pseudos occidentaux. 
En parallèle à cette explosion d'activité, on assite à un morcellement du genre. On peut distinguer pas moins de six tendances: 
- Les romans populaires: ceux qui finissent par être traduits en français:  les romans de Brandon Sanderson, GOT, Witcher, Harry Potter., dark fantasy... descendants directs de la vieille Sword and Sorcery ou Heroic Fantasy avec des tropes traditionnelle.
- Les intellos: ceux qui reçoivent des prix et sont encensés par la critique. C'est la "speculative fiction". Ces textes sont emplis d'effets de styles, de métaphores plus ou moins obscures voire narrés à la deuxième personne du singulier. On dirait de la littérature blanche française destinée à concourir au Goncourt!  Certaines œuvres parviennent à enjamber le mur entre populaire et intello, genre les romans d'Aliette de Bodard. D'autres n'arrivent pas vraiment à trouver leur public.
Les choses se compliquent par le fait que nombre de magazines prestigieux comme Clarkesworld ont pris un virage radical vers le politiquement correct et banni tout humour de leurs pages. D'autres ne publient que les nouvelles tropes: 1)" le/la protagoniste est persécuté/e parce qu'il/elle appartient à une minorité et parvient à s'en sortir grâce à un deus ex-machina" et 2) "le/la protagoniste est un/e militant/e écologiste en butte à un gouvernement ultracapitaliste".
Curieusement, ce genre contient très peu d'urban fantasy.
Quelques magazines:
http://www.beneath-ceaseless-skies.com (mon préféré)
https://escapepod.org (audiobooks)
https://andromedaspaceways.com (contient encore pas mal d'humour)
https://dailysciencefiction.com des micronouvelles de moins de 1500 mots
- La fanfiction: ce n'est pas ma tasse de thé, mais force est de constater que c'est devenu un genre à part entière. Tout comme les fast-foods ou les meubles Ikéa, elle offre un cadre tout fait où on n'a qu'à s'installer. On la trouve sur de gigantesques plateformes communautaires genre Wattpad.
- L'autoédition: on trouve de tout, mais surtout les genres populaires: heroïc fantasy, mais aussi Urban Fantasy, dystopie, LitRPG et fanfiction plus ou moins déguisée, tous ces genres étant souvent généreusement arrosés de romance. 
- Old School: les pulps de Grand Papa, nostalgiques ou légèrement modernisés.
- Hard SF: un peu boosté par les romans de Liu Cixin, ils semblent de plus en plus confinés aux gens qui comprennent réellement les subtilités techniques de ce genre d'intrigue .
https://www.asimovs.com (pas seulement de la hard SF)

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